à Nicolas Alquin
La maison de Marie,
Ce n’est qu’une maison :
Quatre murs, un toit rouge,
Un fourneau, un auvent,
Trois couchettes, bien sûr,
Et, bien sûr, un brûloir.
Ici pas de vitraux,
Et, surtout, pas d’autel,
De crucifix non plus,
Ni clocher ni tympan.
On déambulera
Sans déambulatoire.
« Le pain est bientôt prêt ! »
Marie a décoré,
Joseph aussi un peu.
En travaillant hier,
Il s’est ouvert la main.
« Dressez table et couverts,
Cueillez les saletés
Puis lavez les carreaux,
Frappez le paillasson,
Haut les cœurs, dit Marie,
Faites ce qu’il dira.
L’huile va dans la pâte
Et le sel par-dessus :
Les cristaux brilleront…
Enfournez, attisez !
Je frotterai par terre.
Il reviendra bientôt.
Il a dormi dehors.
Une tranche d’orange
Sur un peu de farine…
Il aime les desserts ! »
La maison de Marie
Est une maison juive.
C’est simple en vérité,
Si simple d’être Juif !
Il suffit de porter
Sa mère sur le dos
Et de bâtir pour elle
Une arche de Noé,
À l’enseigne du Père
Accueillir tout le monde :
« Entre et repose-toi.
Ici, Dieu est chez lui
Mais la natte est la tienne.
Sois patient. Réjouis-toi.
Mange si tu as faim.
C’est du blé. C’est le Temps. »
Qu’y a-t-il d’autre ici ?
Une jatte de chêne
Où Marie fend le grain
Et fait d’un hile un or,
Le premier tabernacle :
Une niche d’enfant…
Pour le vin une amphore
Et douze gobelets,
Et rien d’autre, oh, rien d’autre !
Ce n’est qu’une maison
Après tout, qu’un toit rouge,
Quatre murs, un brûloir
Et un joli auvent.