Le vide

Parfois on croit que le vide a une volonté, pourtant ce n’est pas exactement cela qu’il faut dire. Il faut dire : le vide, c’est la volonté. La volonté n’est pas seulement vide. Elle est le vide. Elle ne remplit pas l’âme, sinon de vide. Elle ne tire vers rien, à part vers le vide. Nietzsche était un apôtre du vide. Et Schopenhauer avant lui. L’homme n’est plein que lorsqu’il a abandonné sa volonté. L’homme est plein quand il s’en remet à l’Esprit. Il n’y a de plénitude que dans la chose. C’est pourquoi Simone Weil voulait perdre sa volonté au point d’être devenue une chose : appartenir pleinement à l’Esprit.

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Famille

La mère porte, le père supporte. La mère tient, le père soutient. La mère élève, le père soulève. La mère tire, le père pousse. La mère accroche les wagons, le père les empêche de tomber.

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Prière de ne rien déranger

Après avoir prié, cette impression d’avoir rangé quelque chose.

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Graphomanie

Les anges insistent…

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Dimanche

Pain de souffrance, éternité ensevelie ;
Mais la voix sifflée sous le placard : d’un ange,
La voix d’une souris.
Depuis la Croix, la mort a dans son sein la vie.

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Hiver

Le faux silence de la neige a couvert la montagne de sa limace blanche au ventre rose.

Vois-tu, c’est la gueule des falaises : le corridor impayable des éléments.

Un chamois est mort pour donner naissance à son petit, après quoi le berger dans son crâne a fait une lanterne. Il fait froid, froid, et j’ai peur.

La nuit est grasse, au point que les étoiles germent dans son huile, dégoûtantes, à peine lumineuses.

On a raclé aux arbres des maladies de peau.

A la torsion soudoyée des sédiments et à la croûte de fer saignante sous les glaciers, s’opposent la rigueur maigre et pâle des bouleaux, et celle, plus fantomatique encore, des ormes.

Il fait froid, froid mon amour, et j’ai peur.

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Chine

Chine : peuple hécatonchire.

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Avec Héraclite

La cascade est sans pardon, sa mère est temporelle : on n’est jamais deux fois la mort d’un même fleuve.

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Caïds

Les caïds de la matière ont préempté depuis longtemps la douce impossibilité de l’être, et vidé cette essence qui avant eux était prise au corps comme dans l’esprit-de-vin le regard d’une rose.

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Coulisses végétales

Réseaux, hygiène souterraine : la politique des rhizomes, les bulbes connectés sous la terre de la République, la microbiologie efficace des grandes écoles : arrangements entre politiciens, soldats, juges, financiers et industriels. La mise en œuvre de la domination de nos jours tient plus de la liane vénéneuse que du lion ou de l’homme. C’est moins Périclès ou César que Catherine de Médicis.

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Troubles

Combien de fois ai-je senti en moi s’effondrer l’ordre épanoui du monde ? L’étoile se décomposait. Au miroir il faudrait que je présente une encyclopédie des sutures, et que la lumière trouve en me tombant dessus des creux indignes et volcaniques.

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L’erreur est humaine

Il n’y a de véritable erreur humaine que dans la mesure où le langage en a été capable. C’est pourquoi nous pouvons dire qu’à notre époque, où le langage n’est plus capable de rien, il n’y a pas d’erreur. C’est l’époque du progrès. On est après l’Histoire parce qu’on est en-dessous du langage, dans une zone temporelle sans défaut.

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Les oiseaux blessés

Les oiseaux blessés font leur métier métaphysique. Leurs corps parlent. Ils examinent dans le ciel l’absence de cadavre,
S’assurant que la mort ne pourra pas voler.

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Qui viendra… ?

Sols cassants sous mes pieds : la défaite de la mémoire… Il paraît qu’on a donné un alibi au coeur fendu de l’Homme. Sa paillasse sent la poudre et l’huile. J’ai vu, en rêvant, la syntaxe de la Nature. J’ai vu l’antre sans meule où est broyée la peur. C’est d’un sexe la chair, le sang. Qui viendra dans ce rêve quand je n’existerai pas ?

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Contre les images

Le caïd des images va, roulant ses plaies aux fonctions du langage. Adam au lieu de prendre,
Montre, envoie, désigne, accuse.
Les salauds sont dans le fruit. L’ordinateur est hitlérien, antenne malade des forces civilisatrices.
La peur antique a désobéi. Les haleurs égyptiens ont dénoué les barques.
Adieu, signes, hiéroglyphes ! A la mer, langage, puisque la Terre t’est épargnée !

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Le calme dans la tempête

La tempête parfois s’essaye au calme. Le désordre est poussé jusqu’à la lie. Le calice des jours sans âme a lui aussi son sang de Dieu.

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Le pénitent

La voix rauque de l’écorce sous sa peau
Et des arbres sans nom à l’intérieur de sa pensée
Avait pris sous la faïence qui dans les cœurs est la texture du désir,
De sorte que la prière et le désespoir étaient exactement la même chose
Et qu’à l’ombre de la mémoire certaines roches liquides avaient creusé leur lit,
Solaires et iniques dans la course anéantie des années.
Le pénitent n’avait froid que s’il avait prié,
Et c’était là le vrai Amour et l’héritage d’Abraham :
Cette présence qui grandissait d’où l’âme était absente.

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Bosquet

Le bois dépravé,
La rosace des saules,
Les aiguilles de pin
Sous la grave raison des choses.

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L’espoir

Le verrou noir de l’inconstance,
La grâce angoissée des hypothèses,
Et soudain, calme et dorée,
La lumière, la lumière !

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Arts mineurs

Au cinéma et dans la chanson, les protagonistes ne croient pas en Dieu. Ou bien ils y croient et dans ce cas, Dieu est “le sujet” du film ou de la chanson (quelle drôle d’idée : assujettir Dieu) . Mais aucun film, aucune chanson à ma connaissance n’a su montrer Dieu à sa place. C’est pourquoi la chanson et le cinéma sont des arts mineurs : Dieu n’y existe pas, ou ne peut pas y exister sans en devenir le sujet. Dans la peinture, la poésie, la sculpture, la musique, l’architecture et la danse, Dieu est exactement à sa place : dédicataire. Ces arts sont majeurs parce qu’ils montrent à quel point Dieu est à sa place parmi les hommes.

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