Raison d’état

La France n’existerait pas sans les cendres des baptistères et le culte du travail. Les mouvements de son drapeau n’ont pas d’odeur, pas plus que ses tambours n’ont de mémoire. Et les frontispices des écoles. Et les couples en France. L’amour. Et les glissements de la morale.

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La fabrique du droit

Divans divins : dans nos tribunaux sont psychanalysés les dieux romains. Les historiens sont procureurs. Il faut haïr l’Histoire. La femme du condamné, que pense-t-elle du juge une fois rentrée ? Pour autant, fut-il moins juste ?

Enthousiasme, quand le couteau est sur la gorge, des globules blancs.

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Je croyais la protéger

Toulouse, en juin, est à Athènes. La pluie lavée à l’odeur de pin, graisse la patte des façades. L’horreur s’éteint, les coups, la rue. L’encre a bavé dans les créneaux.

Quelle erreur ce fut de verser ma mémoire dans l’estomac d’un spirographe. Je croyais la protéger, la réunir et l’essentialiser, or voilà que sur ma langue a fondu la dragée et rien, je ne doute de rien.

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“Je cherche un homme”

Diogène, dans son tonneau…
Ah, le rire de Diogène. Déjà, c’était Rousseau.

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Mais le fruit

L’écorce du mensonge
La peau de la vérité
Mais le fruit, qu’est-ce et qu’est-ce que la poésie ?

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Objet trouvé

Ce matin, les objets trouvés me préviennent : ils ont quelque chose qui est à moi, ils ne peuvent pas me dire quoi, c’est contraire au règlement, il faudra venir en personne. Je n’ai rien perdu pourtant. Effaré, je finis par me demander : qu’ai-je perdu ? où ai-je été ?

Tout compte fait, je préfère l’idée qu’on ait trouvé ce que je n’ai pas perdu à celle de retrouver cette chose dont je m’apercevrai, par la même occasion, que je ne l’avais plus et qu’elle m’avait manqué. Ainsi je donne vie à un fantôme, mon tombeau aura un secret.

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Compter

A un moment quand même et surtout d’aujourd’hui il faut la quantité
Tant pis pour l’ennemi
Pour la nature, tant pis
Le fer chauffé à blanc ne peut être brisé

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Le sacré

Le liquide jaune du capital a trempé la Révélation
Il n’y a pas de feu éthique
En mourant je suis la plaie rentrée sur le miroir
Fallait-il un sacrifice si les porcs nous envient ?

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Toulouse

Avant le monde à peu près et surtout l’envie
Il y a cet autel en-dessous de la vie
La plaie serrée du vent dessus le fer chauffé
Et là-bas le contour franchi des Pyrénées

La ville sous la main nos cœurs armés
Temple inca des natures échappées

Sur mon pain fut rompu le soleil de Midi
L’hiver l’a évité c’est là que j’ai grandi
Toulouse à ma mémoire est morte comme un fruit
Trois fois cicatrisée le ventre de la nuit

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Certain parfum

Son odeur ne laissait planer aucun doute.

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Signe

La Croix est le signe de tout.

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La queue du crocodile — Pierre Gardeil, 1997

“En quelques décennies, j’ai vu le Royaume de Dieu dans les kibboutz d’Israël, puis en Suède, puis en Chine, à Cuba, et jusque sur la “Côte Ouest”… Esprit, où es-tu ? Renseignements pris, c’était la queue du crocodile : Léviathan s’éventait.”

Pierre Gardeil, Quinze regards sur le corps livré, 1997, p. 133

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Incapacité

Eric, après lecture de ma note concernant le Narthex de Marien Defalvard, m’écrit : “il y a peut-être une incapacité de la poésie mystique, ce qui la rend d’autant plus mystique”.

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Allégorie générale

Tout est allégorie.
(C’est pour cela que les quanticiens ont du mal à ne pas perdre la raison et que les biologistes sont croyants. Tout est allégorie.)

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Lypémania

Les grincements, la solitude d’un tourniquet rouillé dans la brume auxquels sont noués des mouchoirs qui n’ont rien protégé.

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Shavouot

Le soleil à sa hune,
Du pays la médaille,
Avait lacé la lune
Asséchée des semailles.

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René Char coiffé de plumes d’indien et Picasso en pompier

Le Capitaine Alexandre géronimisé empoigne dans ses poches des pierres ensorcelées.

Le chaudronnier de Malaga regarde le photographe et mieux encore l’appareil trop faible pour saisir quoi que ce soit mais dont il sait qu’il gagnera, grâce au calcul, grâce à la lâcheté.
Qui peut gagner s’il n’a rien attrapé ?
Le diable est patient.

Picasso fut le kaléidoscope de Dieu.

Ce photographe a quand même dû se sentir bien bête avec son appareil de rien devant ces appareils à tout. Char et Picasso se moquent de lui en silence, une moquerie télépathique, regardez comme leurs bouches retiennent avec bienveillance un éclat de rire semblable à celui qu’aurait eu des anges si un homme au lieu de les écouter leur avait demandé l’autorisation de les prendre en photo.

Entre eux se trouvent une gouttière coudée et ce lierre comme des grappes oranges et lie de vin brossées en jungle verticale. A droite, le parapet ressemble à celui depuis lequel, à la mort de ma grand‑mère, j’ai fait le deuil des vacances. Sans drapeau, comme une béquille au paysage. Et sinon une marge. Un garde-fou pour les adieux.

Voici les deux hommes les plus libres que le vingtième siècle ait portés, dans la lumière poudrée de septembre… — loin de Paris. Et salut Char ! Salut Picasso !

J’ajouterais volontiers au buste de Virgile les mêmes plumes d’indien.
Le génie est sauvage. C’est le problème de la civilisation historique : le moteur, le vrai moteur n’est pas contrôlé.
Char et Picasso sont à la hauteur de Virgile qui est à la hauteur de tout ce qui est haut, Eschyle, Shakespeare, Jean de la Croix et Michel-Ange.
Tous les deux, comme tous les autres, ont grandi au Sud. La Vérité vient du Sud de toute façon. Le Nord est trop réaliste, industrieux, organisé, pédagogique.
Shakespeare, évidemment, était grec. Rimbaud égyptien : Toutankhamon à Charleville. Mozart était turc, Bach akkadien, Beethoven perse, Chopin italiote.
Dostoïevski était romain.

Comme un pêcheur à la mouche sur les rives argentées d’un torrent au milieu des sapins, le Sud lance vers le Nord son hameçon de vérité. Le Sud, c’est le génie. La politique est au Nord, l’économie, mais l’humanité est vivante au Sud. Musique, poésie… L’Europe, entre les deux, mourra écartelée.

René Char a vécu comme un peau-rouge à l’intérieur de la beauté, envahi, et Picasso sous son ombre, possédé, coiffé d’un casque de pompier. Entre les deux, ce jour-là, j’y étais, à genoux sur le parapet. Nous y sommes tous. Et Dieu surtout. Dieu y est resté.

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Régis Debray est un crétin

C’est sûr désormais : Régis Debray est un crétin. Son écriture ressemble à une collection de slogans publicitaires et de jeux de mots pour vieilles dames. Mon dieu, qu’il écrit mal ! Et ses pensées sont empruntées, sans qu’il n’emprunte jamais la conclusion. Résultat : cela ne conduit nulle part, sinon au vide sidéral (et bourgeois) du cerveau de Régis Debray. Il m’a fait perdre un temps précieux — combien de ses pages ai-je lues ? des centaines, peut-être un millier — cependant je ne lui en veux pas ; il n’y a rien à vouloir. Et il n’y a rien, rien.
On ne fait pas des philosophes en lisant l’encyclopédie à de gros poissons morts.

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Luther etc.

Il faudrait dresser une liste exhaustive de toutes les horreurs que nous devons à la Réforme (sans omettre évidemment les Lumières, Robespierre, Napoléon, le romantisme, les dérives de la psychanalyse, la musique atonale, les ready-made, les nazis, la déconstruction, mai 68, l’individualisme, la finance algorithmique, homo festivus…). Une liste exhaustive de ce que nous a fait la sola scriptura.

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Le corps livré — Pierre Gardeil, 1997

“Alors je connais qui est l’Amour. Il meurt de mon péché, non pour offrir au Père une mort somptueuse, non pour me donner un bon exemple, mais POUR ÊTRE AVEC MOI QUAND JE NE SUIS PLUS AVEC MOI.
Sa mort seule épouse la misère de notre division, dont sa résurrection ferme la plaie. Mais une résurrection qui ne serait que de sa mort ne nous sauverait pas. C’est pour nous qu’il est mort, pas pour lui ou pour le Père ; pour être là où nous sommes, en morceaux de nous-mêmes, en fragments d’humanité. Cette mort est la fracture par quoi il se fait tout à tous, à tous ceux qui sépare l’incommunication.”

Pierre Gardeil — Quinze regards sur le corps livré, 1997, p. 116

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