Une éthique

Puisqu’il y a quelque chose plutôt que rien, et même si c’est surprenant, œuvrons pour  qu’il s’agisse d’une bonne nouvelle pour tout le monde. Surtout pour tout le monde. Prenons le risque de la lumière.

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Préparation…

Caché dans un sous-bois de coudriers, au frais d’une clairière, les herbes amères, peuple de chevreuils aux sabots fendus, habiles, de pétunias et de lapins, sauges rouges et violettes, nuages de jonquilles à l’entour des micocouliers, fruits jaunes, vigne éternelle, torturée par-dessus la corde, file indienne des champignons blancs, l’eau acidulée du matin, les chants railleurs de l’alouette… Je suis préparé au printemps !

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Positiviste

Une vapeur dans le soir, autour d’Auguste, à la marche comme s’il nageait, droit devant, régulier, facile le mec, gentil mais sûr de lui, positiviste ; il a un emploi enviable, une carte professionnelle, des tickets-restaurant ; son destin c’est ne pas en avoir. Et alors? Il fait froid. Depuis cent ans, j’ai froid. Si tu n’as rien à faire, au moins souviens toi.

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Aménagement épistémique

Les toilettes la philosophie
La salle de bain la physique
La chambre la politique
La bibliothèque l’histoire
La cuisine la chimie
Le salon la sociologie
Le placard la psychologie
La terrasse la météorologie
La salle à manger la biologie
Le grenier l’information
La cave la géologie
Le parking la théologie
L’escalier la mécanique
Le téléphone la communication
Les fenêtres l’esthétique
La charpente l’économie
Les murs porteurs le droit
La colonne sèche la géométrie
La colonne humide l’éthique
Le réseau les mathématiques
La plomberie la littérature

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Titris

On a diffusé les qualités, réduit le nombre en chiffres. Je suis échangeable. Je vaux. Je ne suis pas valeureux mais j’ai de la valeur (un peu), je suis une donnée, quelques données,  traces numériques, une moyenne, si je suis assez souple je pourrai survivre à l’écart-type. Je suis horizontal et limité comme une fonction (une seule ordonnée pour une abscisse). Les créances ont chassé, remplacé et fait oublier les croyances. La mort est un solde et ce qui la précède un compte de résultats, enchevêtrements de bilans plus ou moins équilibrés, titrisation existentielle.

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Le premier chrétien

Lecture de la quatrième églogue des Bucoliques, écrite une cinquantaine d’années avant “notre ère”… Je m’arrête aux vers 4-10.

Ultima Cumaei venit jam carminis aetas ;
Magnus ab integro saeclorum nascitur ord.
Jam redit et Virgo,redeunt Saturnia regna ;
Jam nova progenis caelo demittitur alto.
Tu modo nascenti puero, quo ferrea primum
Desinet ac toto surget gens aurea mundo,
Casta, fave, Lucina : tuus jam regnat Apollo.

Traduction (Paul Valéry) :

Voici finir le temps marqué par la Sibylle.
Un âge tout nouveau, un grand âge va naître ;
La Vierge nous revient, et les lois de Saturne,
Et le ciel nous envoie une race nouvelle.
Bénis, chaste Lucine, un enfant près de naître
Qui doit l’âge de fer changer en âge d’or ;
Ton Apollon déjà règne à présent sur nous.

Virgile était-il chrétien ???
Je me renseigne… Chance : Philippe Heuzé, texte pour La Pléiade. J’apprends que Tertullien était à fond, Saint Augustin mitigé, Dante aucun doute. D’autres étudièrent la question : Jean Scot Erigène, Abélard, Salisbury. L’empereur Constantin y a cru, Rome a changé de bord ! La poésie peut voir, prévoir, elle suscite, elle est performative, révélatrice, presciente. Virgile était un mage, magicien, et, je le découvre ce soir, prophète : chrétien avant le Christ, au courant qu’un enfant viendrait, l’enfant, cet enfant.

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Industrialisation

Les ailes ont fondu autour de la poulie
Chemins de fer
Fer
Métallurgie
Des flammes à la place du feu
Les armes ajoutées aux armes
Spectacle
Etat-nation vascularisé
Avions
Marx Marx Marx Marx
L’enfer et la solution de l’enfer
Campagnes essouflées
Sociologies
La nature, la nature ?
Espoir mécanisé
Besoin de reconnaissance
Sécuriser l’avenir
Vite tout de suite maintenant
Là maintenant
Vite
Vite putain
Être connu et reconnu mais connu
Reconnu
Fleurs inutiles des cimetières — qui payera pour la conscience ?

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Le fruit dans la main

Le fruit parfait, lisse, rouge, rougeoyant, sucré, juteux, rempli de rosée et de soleil, dans la main d’une vieille femme, fripée, translucide, les os comme des allumettes, la peau comme de la pâte de riz poilue, moisie, hyaline et verte, prête à se déchirer. Blanche Neige aurait dû se méfier.

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Une possibilité

Une miette dans l’eau du calice
Tourbillon
Quelque chose en moi d’effaré
Les yeux crevés du ventre
De la lumière malgré tout
A l’intérieur
Et du dedans à dehors
Ma bouche mes mains
Il y a quelque chose en moi d’effaré
Qui dans la tombe y sera
Une possibilité

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Le mouvement et l’être

Les Athéniens : “... des hommes presque trop religieux.
L’autel au dieu inconnu : “Ce que vous vénérez sans le connaître, c’est ce que je viens, moi, vous annoncer.”
…”C’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être.” (Epiménide)
Cf. Actes 17, 28.

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La vérité

Il y a des vérités qui n’évoluent pas, toujours vraies. « C’est un problème, pensent certains, qu’il nous faudra résoudre, dissimuler ou détruire ».  « Ce n’est pas vrai », prétendent les autres en prétendant que ce qu’ils ont dit sera toujours vrai. « Une révélation », se réjouissent les derniers.

Il y a des vérités qui ne sont pas transitoires. Celles-ci ne dépendent pas de la durée vécue, d’une dialectique supposée ni même d’une supposition. La vérité existe, elle demeure, elle devient, elle persévère, elle insiste, elle se déploie, elle advient, elle vient, elle est venue, elle est, elle apparaît. Ce qu’on appelle par lâcheté « présent de vérité générale » est en fait  l’absolu présent de la vérité absolue, la solution, la réponse de tout.

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Les blessures infligées par le relativisme

J’espère qu’un jour on pourra dire : nous nous sommes enfin remis des blessures infligées par le relativisme.

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Le texte est à l’écriture ce que l’espace est au temps

Écrire, ce n’est pas avoir écrit. Écrire, c’est écrire. C’est un mouvement. Écrire c’est une cause, ce n’est pas un effet. C’est l’appareil et c’est la lumière à travers l’appareillage, ce n’est pas la photo et ce n’est pas non plus le négatif d’où la photo est tirée. C’est du temps, c’est le temps. Écrire, ce n’est pas de l’espace, ce n’est pas l’espace. Un texte, ce sont des restes. C’est de l’espace déjà, une relique. Une fois écrits, les mots seront des reliquats, souvenirs de sainteté, la mousse quand l’océan a pris le large. Le texte est à l’écriture ce que l’espace est au temps : un point sur la droite, le plan de coupe d’un vecteur. Il faudrait relire Bergson en pensant à cela.

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Une trace en lui

Il y a une trace en lui, comme un indice étoilé, une formule avec les pompes cirées, des yeux d’enfant et un sexe cannibale, des poncifs désordonnés mais courageux, un singularisme logique, du désespoir tapissé ; la littérature résiste en compressant ; le verbe serré, acéré, se mord la queue en pensant que l’Histoire l’a sucée.

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Performativité – méthodologie

Pour problématiser une situation sociale localisée a priori dans l’espace et le temps, situer les faisceaux de pouvoir, donner à comprendre leurs tenants, les sonder, identifier les points d’achoppement et les lignes de fuites, il convient d’interroger une à une et très prosaïquement les dix manifestations possibles de la performativité :

  1. Ce que parler veut faire
  2. Ce que faire veut dire
  3. Ce que parler veut dire
  4. Ce que faire veut faire
  5. Ce que faire veut faire faire
  6. Ce que faire faire veut faire
  7. Ce que faire faire veut dire
  8. Ce que dire veut faire faire
  9. Ce que faire dire veut faire
  10. Ce que faire veut faire dire
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Requiem pour un plouc

Le monde est mieux sans Steve Jobs.

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Le psychologue, le sociologue, le romancier et le poète

Le psychologue ouvre à l’individu les voies d’accès au fond de lui-même, le romancier l’y accompagne, le viole et l’y laisse pour mort.
Le sociologue dévoile les liens permettant à la société d’être davantage que la juxtaposition idiote et dangereuse de plusieurs individus, le romancier la fait comparaître, l’humilie et la remplace.
Le poète écrase le romancier, il venge l’individu et la société.

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Cause et condition

Ne pas confondre cause et condition. La cause est une affaire de temps, la condition une affaire d’espace. La cause non causée est éternelle, la condition non conditionnée est illimitée, une cause sans condition est infinie, une condition sans cause est intemporelle.

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A propos de Dada

Le dadaïsme ne m’amuse pas. Ses partisans m’ennuient. J’ai le sentiment d’assister à une kermesse. Je déteste les kermesses, les spectacles de fin d’année, les collages, etc.
Seul Tristan Tzara sort du lot — il est au langage ce que François d’Assise est à l’écologie —, au point que j’ai du mal à comprendre comment il pouvait prétendre être des leurs.

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Le plus fou et le plus scandaleux de tous les poèmes

Ressentir ce qui a permis à l’âme humaine d’inventer les chiffres, de telle façon que chaque chiffre, divisé par lui-même, donne un.
Chacun des huit premiers chiffres, divisé par le dernier, donne :
Zéro (i.e. absence de chiffre, rien, le néant) / virgule / lui-même, lui-même, lui-même, etc., jusqu’à l’infini.
Le plus grand de tous les chiffres, divisé par le dernier, c’est-à-dire par lui-même, donne Un. Non pas un mais Un. Le monde rassemblé. Pas l’infini mais l’éternité, donc l’unité, l’unité dans l’éternité.
Ressentir cette unité, qui est l’idée même d’unité, à la fois ce qui l’énonce et l’énoncé, ce qui montre, ce qui devient et ce qui est la vérité, une vérité autonome, autoproduite, sacrée.
Les neufs chiffres : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 constituent à eux seuls la plus grande des métamorphoses et la plus faramineuse des épopées psychiques, le poème le plus fou et le plus scandaleux que l’humanité ait jamais connu, un poème universel, souverain, définitif.

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