Tristes miroirs

Tristes miroirs : la musique des choses auxquelles on n’entend rien.

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Satiété

Il y a quelque chose d’effrayant et de brutal dans la satiété.

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Chaque mot est une question

Il faut haïr ceux qui ont recours au langage pour tirer des traits ou arrêter le train dans une gare dont ils prétendront — ces lâches — que c’est la dernière. Du mot il faut sucer la gourde toujours pleine d’un vin neuf, et recevoir les jets de pierre (se tenir sous les jets: sub-jectus) en demandant : pourquoi ? Comment ? Est-ce et qu’est-ce ?

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La grandeur méconnue du seul esprit

Lu dans Passion, d’André Suarès (1939) : “Il est une majesté outragée : la grandeur méconnue du seul esprit : celle-là n’est pas de l’orgueil ni de la chair. Et rien ne lui échappe ; elle ne se laisse pas duper : l’esprit abdique à tout instant : il connaît d’où il sort et il se rend au cœur, dès que le cœur l’appelle. Ce cher ennemi n’a pas besoin d’exiger”.

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Traduction

Butterfly, rainbow, strawberry, ladybug

Mouche à beurre
Arc de pluie
Baie de paille
Dame insecte

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Schizophrénie

Quand Achille tue Hector, Hector a revêtu l’armure d’Achille.  Le Péléide frappe l’image de lui-même — contenu à l’assaut d’un contenant pour lui — à l’endroit où il sait que cette image est faible, sous la frange reflétée du bronze ;
La javeline tranche la solide gorge du dresseur de chevaux !

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La générosité de l’événement

Lu dans L’Iliade (Chant XX, Achille à Enée) : ” …même au plus sot l’événement rend le bon sens.”

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Patrocle

De toute évidence, Patrocle est plus intelligent, sensible, humble et plus courageux qu’Achille — est-ce pour cela qu’il n’est pas aussi fort ?

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La société-louve et l’individu-loup

Les blockbusters américains servent à régler le degré zéro de la civilisation occidentale ; ils révèlent les contours de ce territoire insensé et désespérant où notre avenir est ramassé. Il faut y prêter attention, donc, surtout quand deux d’entre eux sont consacrés à des sujets différents mais ont recours à une architecture narrative et à des procédés mythologiques trop similaires pour que cela puisse être imputé au hasard.
Dernièrement, deux films ont présenté l’anomalie : The Martian et The Revenant. Dans les deux productions le héros est laissé pour mort en territoire hostile. Tout indique qu’il doit mourir au point que la certitude de la mort se confond avec la mort elle-même, comme si la vie, finalement, n’existait pas (pas pour lui en tout cas, plus maintenant).
Le spectateur en vient à souhaiter la mort du héros pour le bien du héros.
Pourtant (désolé pour le spoil), le héros ne meurt pas. Il grelotte de peur mais il ne meurt pas.
La collectivité est désavouée : les autres ont abandonné le personnage principal car ils croyaient qu’il était mort et parce que leur survie n’était possible qu’à condition qu’il le soit. C’est bien connu : on a tendance à croire ce qui nous arrange.
Mais la mort ne vient pas. Le héros ne meurt jamais, c’est ce qui fait de lui un héros entouré de types cons, lâches et, donc, mortels. Les femmes ne sont même plus des faire-valoir. Elles n’existent pas. S’il y en a bien une ou deux qui apparaissent ponctuellement, quota oblige, elles ne servent à rien. Le réalisateur ne nous gratifie même pas de la scène de missionnaire passionné pourtant incontournable dans les films hollywoodiens… Sur mars et dans la forêt canadienne, il n’y a de place ni pour l’amitié, ni pour l’amour, ni pour le cul. L’ours femelle qui protège les oursons dévorent le pauvre Léonardo Di Caprio. La femme du cosmonaute lui demande de rentrer s’occuper de ses enfants plutôt que d’aller risquer sa vie pour sauver Matt Damon. Le message est clair : les femmes et les enfants n’apportent que des emmerdes à l’homme de bonne volonté.
Naturellement personne ne croit en Dieu, et surtout pas le héros (il ne faut pas diminuer ses mérites). Dieu n’existe pas. Il est mort, lui, pour de vrai. Le Salut vient de soi-même, contre les autres et sans transcendance. Le héros ne sait pas pourquoi il a envie de vivre, mais il en a envie, au point de survivre aux embuches plantées sur son chemin par la connerie et la lâcheté de tous les autres. S’ils en ont, les scénaristes de ces deux films doivent détester leurs frères et soeurs. Et d’une manière ou d’une autre, ils ont dû se sentir abandonnés par leurs parents.

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Le cauchemar rêvé

J’ai fait un cauchemar de rêve.

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Devise familiale

A dix-neuf ans, alors que selon les règles d’une alchimie étrange et obligée — oracle des veillées de guerre — il savait qu’il mourrait sur le front le lendemain, mon arrière-grand-père a écrit cette phrase à sa femme restée dans l’Aude avec leur fils de douze mois :

Que les événements te trouvent toujours au-dessus d’eux.

Et il est mort le lendemain.

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Rêve hiéroglyphique

Lu dans Baudelaire : “ce rêve, que j’appellerai hiéroglyphique…” (Paradis artificiels, Le poëme du haschich)

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Entre Noël et le premier de l’An

La France a les indicateurs entre deux chaises, ses plans comptables ont trop mangé ;
C’est féérique mais c’est normal ;
Les feuilles de glycine sous ma fenêtre tombent comme les plumes d’un oiseau très grand et vieux qui dans une légende portait des enfants sur le dos ;
Rien n’est drôle mais on voudrait,
On tente ;
Le manque de neige a saisi le fleuve à contre-pied ;
Les façades ont les volets gercés ;
Les chiens aiguisent leurs crocs sur les ossements du réveillon.

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L’ennemi

La littérature blessée à mort par les dictionnaires de synonymes…

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L’autre

L’altérité est un prédicat extrêmement dangereux.

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Du misanthrope

ALCESTE : Mieux vaut être seul mal qu’accompagné.

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Préférence

Je préfère les chiens aux lions et aux chats.
Si j’avais été Zeus, j’aurais préféré Diomède à Achille et Ulysse.

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Fatum

Provocantes coïncidences, agrafes du destin.

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Pleine Lune

La lune de Noël ronde et jaune à Toulouse près du clocher de la Dalbade, au bout de la rue où j’ai grandi : toute remplie d’être-là.


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Le collectionneur de mots

Figurez-vous un homme d’une trentaine d’années dont le métier consiste, comme tous les gens normaux,
à compter.
Figurez-vous cet homme normal au métier normal,
Un homme sans histoire,
Et figurez-vous maintenant l’histoire que je vais raconter.
Car il se trouve que cet homme en apparence normal se livre à une pratique dont il ne parle à personne, pas même à ses parents, ni même à ses amis ou à sa femme, à ses enfants.
Ça le regarde, comme on dit.
L’homme collectionne les mots de langues qu’il ne connaît pas.
Puisqu’il connaît le français, l’anglais, l’italien, l’espagnol, un peu de portugais et quelques bases de latin,
L’homme choisit des dictionnaires de grec, d’allemand, de chinois, d’arabe, de russe et d’autres langues secrètes,
Lointaines,
Oubliées ou méconnues.
Il recopie les mots qu’il trouve dans un cahier — ainsi que leurs définitions ;
Depuis dix ans, il a rempli une centaine de cahiers.
L’homme se souvient de chacun des mots cueillis comme des fleurs pour un herbier.
Il se rappelle quand, où et pourquoi celui-là, comment,
Il se souvient de ce qu’il a vu au travers du mot et de ce que le mot a décelé en lui :
Quelles serrures souterraines.
Il connaît les définitions
Par cœur, comme on dit —
Et puisqu’il ne connaît pas la langue et qu’il n’a même aucune notion concernant cette langue, cela lui donne un rapport direct avec le mot qu’il a trouvé
Et qui l’a trouvé,
Le mot qu’il a trouvé et qui l’a trouvé,
Primitif aussi,
Un rapport extrêmement sincère et presque dangereux, débarrassé de toute possibilité grammaticale ;
L’homme ne peut pas utiliser le mot, ni être servi par lui, donc il ne peut pas non plus trahir le mot qu’il a relevé et appris ;
Finalement il est obligé de le prendre comme il est,
Ce mot,
et de le respecter comme tel, en tant que tel,
Libre, indépendant, imprévisible, ambigu, orgueilleux, vengeur, imparfait, horriblement mélancolique et faible,
Comme si c’était quelqu’un.

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