Frères ennemis

Diomède et Glaucos, livrant bataille dans des camps opposés, découvrent que les parents de l’un ont reçu chez eux pendant vingt jours les parents de l’autre.
La Grèce antique plaçait l’hospitalité au-dessus de tout, et faisait durer l’acte d’hospitalité d’un jour toute la vie et jusqu’à travers la vie des enfants et des enfants de ces enfants.
Diomède et Glaucos s’embrassent et engagent leur foi tandis qu’autour d’eux les amis de l’un tuent les amis de l’autre et inversement.

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Dasein

Pour être — et recouvrer l’être, persévérer dans son être —, il faut moins exister qu’insister.

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à la fin

A la fin il n’y aura plus Internet mais le ciel, lui, restera. La lune aura remplacé les photos de la lune.

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Au commencement

Il se trompe celui qui a cru qu’au début il n’y avait que du silence,
Car celui-là n’a pas compris ce que c’était que le silence et parce qu’il ne sait pas non plus ce que c’était que le début ;
Il se trompe, celui qui a cru qu’au début il n’y avait que le silence, il se trompe à propos du début et du silence,
Car au début il y avait tous les bruits et c’était l’harmonie parfaite ;
Au début il y avait tous les bruits et tous les silences et c’était l’harmonie parfaite.
Ensuite l’univers s’est déroulé en pelote de laine jetée par temps de pluie à travers un buisson,
L’harmonie absolue s’est dispersée dans des millions d’harmonies qui étaient les pièces absolument parcellaires d’un puzzle absolu,
Des indices,
La vibration totale diluée comme un claquement de mains devient plusieurs échos et les échos de ces échos sur le flanc égratigné des montagnes et les joues fraîches des forêts :
Des indices.
Alors le silence est né, en même temps la musique,
Et ensuite est venue la suite et la suite voulait retrouver le début ;
Elle le pouvait et elle le peut,
Car la suite veut le début et le début veut la suite et l’harmonie veut l’harmonie parfaite.
Ainsi, au début, il n’y avait rien, que l’harmonie parfaite du Verbe, il n’y avait pas du silence mais la musicale possibilité du silence et d’autre chose que le silence,
Et c’était l’harmonie parfaite, la musique totale, l’harmonie complète et la musique parfaite,
Et le temps est venu,
le temps qui commence mais qui ne finit pas tant que le temps commence et qu’il ne finit pas,
le temps qui est à la fois ce qui permet la musique et ce qui empêche la musique d’être la musique totale,
le temps que la musique utilise et que la musique combat, et qui la sépare d’elle-même tout en la rendant possible,
le temps né d’une explosion
(Car c’est une explosion qui a fait le temps qui  n’a depuis plus cessé d’exploser,
Parce que le temps est un écho et parce que l’avenir sera la trace de cet écho qui est la trace de cette explosion qui est venue lorsque le temps n’avait pas encore explosé),
Ce temps-là qui est tous les temps et les siècles des siècles est venu,
Et c’est de son explosion que viennent les explosions, de son effondrement les effondrements, d’un commencement éternel qu’est venu ce qui à la fin est sans fin et qui n’est pas l’infini mais l’éternité,
C’est de cette explosion, de cet effondrement, de ce commencement que les musiques sont nées,
Et déjà ce n’était plus la musique totale, déjà ce n’était plus la musique absolue,
C’était divin mais c’était partiel, une divinité, ce n’était plus la divinité,
Il y a eu plusieurs dieux et ils se disputaient,
Plusieurs musiques s’éloignant de l’origine à la vitesse de la lumière,
Spectres de la musique originale,
Comme la lumière est un spectre de la lumière totale,
Des fractales et des fractions de fractales qui s’éloignaient de l’origine et dont l’origine s’éloignait du Nombre lui-même écarté du Verbe.
Il n’y avait plus de musique absolue que derrière, loin, et devant, loin, le combat était en son milieu,
Et pourtant il n’y avait pas encore les hommes, ni les planètes, il n’y avait pas l’homme ni le Fils de l’homme,
Seulement des fractions de lumière et des fractions de musique,
Du temps sous différentes formes,
Liquide, brûlant, gazeux,
Des divisions de temps,
Puis il y a eu la matière, l’espace,
Il y a eu la matière et l’espace,
D’autres divisions, des indices et les échos de ces indices,
Et alors la musique et la lumière à nouveau ont changé,
Elles se sont éloignées de la musique totale qui était la lumière totale, de la lumière complète qui était la musique complète, l’harmonie absolue,
Tout l’univers dans la capsule concentré en un point qui était tous les points et qui était Dieu lui-même et la musique elle-même et la lumière elle-même,
Ou sinon la possibilité de tout cela,
De tout cela la possibilité,
La possibilité du Verbe et du Nombre unifiants et unifiés par le Principe du Verbe et du Nombre primants et premiers,
Le monde déjà, l’univers, et les hommes, et ce moment et toi et moi dont tu ne peux rien dire sinon que j’ai été et que je n’ai rien dit.

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Cogito altruiste

Je ne veux pas que tu meures, donc tu es.
Tu ne veux pas que je meure, donc tu es.

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L’avare (Molière)

Image d’innocence : les chevaux de Maître Jacques.
Chacun ne pense qu’à lui dans cette pièce, et personne ne risque de mourir, sauf Maître Jacques qui refuse de conduire ses bêtes à une mort certaine et reçoit une volée de coups de bâton parce qu’il a dit la vérité.
Tout cela, c’est pour venger les chevaux de Maître Jacques !

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Naufrage

Des cisterciens au juste qu’avons-nous épargné ?

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L’Iliade, le poème de l’envie

L’Iliade est d’abord une histoire d’envie. A tous les chants, c’est le dixième commandement.
Le désirant désir jaillit du fond des âges pour presser l’homme entre les yeux et au-dessous de la ceinture ;
nourrie de la comparaison de celui-ci et celui-là,
l’envie d’être envié et d’avoir beaucoup de biens pour être celui qui possède non pas beaucoup mais davantage,
l’envie procède à son affreux travail et gouverne ses consentants esclaves jusqu’au meurtre, la folie, la damnation et la honte éternelle.
L’enfer, c’est de vouloir être les autres.

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Fainéant

Le jour a frappé trois fois le miroir que la nuit n’a pas su réparer ;
Facile de croire que le temps a passé quand on n’a pas agi
Et qu’on n’a rien tenté,
Il est facile de croire que le temps a manqué.

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Hirondelle

La patte d’une hirondelle gratte
Sous le crochet du langage ;
Qui est-il, où est-il et pourquoi Dieu est-il ?

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Pour l’Ingénieux Hidalgo

Le chevalier évolue au-delà des successions de flammes et de terre, de la terre et des flammes,
Il se déploie
Jusqu’à mourir de courage et d’amour
Car c’est toujours d’amour et de courage qu’on meurt quand on est chevalier et qu’on est fou d’amour
Et qu’on est courageux.
Il est mort mais il vit — l’entends-tu ? ;
Et sa belle, enfin, la vois-tu ?
Car il la voit lui, Don Quichotte, Dulcinée, il la connaît parce qu’elle l’a connu,
Se faisant connaître de lui et de lui seul tout à fait en un moment de grâce qui n’a pas duré plus de temps que le temps du rayon dans l’écume,
Quand l’écume est figée au-dessus du rayon,
Même si les médisants prétendent qu’elle est le fruit de son imaginaire et qu’elle est un rapport à lui-même, elle à lui, par lui, jusqu’à elle,
Confondant le buisson et la rose et la cause et l’effet.
Elle est l’étoile et c’est un pauvre hère,
Elle est la Vérité, lui le Réel après la Vérité,
L’effet fidèle à la cause, en marche jusqu’à elle ;
Il est celui qui la sert et la sauve celle-là qui sert et qui sauve,
Ulysse s’éveillant : “Ithaque, Ithaque ! Je me souviens et veux retourner à ta grève,
Ô fonction maternelle !”
C’est cela l’histoire du monde et ce qu’il y a derrière le monde
Apparu ;
Le réel doit recouvrer la Vérité,
Celle-là qui le reconnaîtra une fois reconnue et saura pour cela être reconnaissante ;
Ou alors le dieu
— qui est injuste parce qu’il est aveugle, aveugle et injuste, aveuglément injuste —
Ce dieu l’emportera.

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Les mandarines

De la lumière qu’on mange, sous l’épluchure vermiculée ;
Petits soleils acidulés, zeste d’été sur l’arbre mort ;
Sucre d’hiver comme on dit “le sel de la terre”, molécules de Noël ;
Ombres orangées sur les joues des enfants.

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Art (définition)

Le savoir, c’est ce qui pro-vient de l’intelligence du cerveau (raison) et ce qui ad-vient par l’intelligence du cœur (intuition).
L’être, c’est le règne absolu de ce qui s’épanouit ; c’est ce qui est bon, juste, vrai, beau et déterminant ; c’est le Verbe total ; c’est le Dieu d’amour s’il y a Dieu et c’est l’idée de ce Dieu sinon.
Le faire, c’est la technique.
Le savoir-faire, c’est l’expérience.
Le faire-savoir, c’est la transmission.
Le faire-faire, c’est la politique.
Le savoir-être, c’est le recueillement, la capacité à douter, prier, chercher ; c’est la méditation ; c’est ce qu’on découvre de définitif dans le silence de l’âme et l’hypothèse de la mort.

Qu’est-ce donc qu’est l’art ? Qu’est-ce qui est l’art ? L’art est-il ? Y a-t-il l’art ?

Si l’on s’en tient aux prédicats énumérés, il semblerait que l’art soit à la fois un savoir-savoir, un savoir-faire-savoir-savoir, un savoir-savoir-être, un savoir-faire-savoir-savoir-être, un faire-être, un savoir-faire-être et un savoir-faire-savoir-faire-être.

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Toi exactement

Tu n’es rien de mieux que ce que tu es exactement, exactement ce que tu es.

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L’oeil du Diable

Possibilités de germination, bulbes squameux : les oignons sont inquiétants comme la main tendue d’un condamné à mort. Ils n’existent pas tout à fait, ni racine ni plante ni minerai. On ne sait pas quelle fleur ou quel fruit — quelle maladie — ils portent et ils apportent, ni quel dessein les fécondera, à quels diables ils serviront d’yeux.

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Les dents

Rochers, éclats, fragments, pépites, osselets divins douloureux comme l’enfer, mystère minéral, collier vaudou, pétales autour de la langue, joyaux blancs dans le marais du langage, sous le palais infâme, lui-même au-dessous des yeux : par-dedans l’infection du regard.

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Le mariage de la pensée et de l’être

La pensée et l’être s’appartiennent l’un à l’autre comme des époux. Il y a eu des fiançailles puis le mariage, les rites, le dépucelage de la pensée par l’être, celui de l’être par la pensée, plusieurs voyages de noce, le déménagement et l’aménagement, les dépenses, l’installation, la routine, les assiettes brisées, les tromperies, les coups de poing et de sang, le doute, les réconciliations, le mépris ordinaire. Le divorce aurait été consommé s’il n’y avait eu les moments de grâce. Il y a eu les enfants aussi, et parmi les enfants des anges de bonté et de mauvais rejetons, ingrats, devenus de plus en plus dangereux à mesure que grandissaient leur force et la haine vouée à leurs parents et à leurs frères.

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Alphabet

Aufenthalt
Aufriss
Ausbruch
Ausser-ordentlich
Bergen
Bild
Blick
Brechen
Denken
Deuten
Einbruch
Ende
Fallen
Fangen
Finden
Fragen
Fügen
Gehen
Geschehen
Gleich
Greifen
Grund
Halten
Heim
Holen
Hören
Kehren
Kommen
Lesen
Licht
Liegen
Macht
Mass-gebend
Nehmen
Not
Offenheit
Prägen
Prägung
Reissen
Riss
Richten
Sagen
Sammlung
Scheiden
Scheinen
Schliessen
Sehen
Sein
Setzung
Sprechen
Sprung
Stehen
Stellen
Treten
Vollziehen
Wahr
Wahren
Walten
Weichen
Weisen
Welt
Welten
Wenden
Werfen
Werk
Wirken
Wesen
Zeit
Zeitlichkeit
Ziehen

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Après l’Histoire

Ces hommes-là sont sans histoire, ils ne font pas d’histoire ni ne racontent des histoires. Ce sont les derniers hommes, l’enfer selon Philippe Muray, le cauchemar nietzschéen, la déroute festive, le fond de culotte de la démocratie.

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Confusion des genres

“Féminin”, c’est masculin ;
Mais “la virilité”, c’est féminin.

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