Dominicanes

En vêtement blanc
Ils sèment vivantes les paraboles
Au cordage des âmes
Le grain de sénevé
Berger voici tes chiens
Semeur ce sont tes bœufs
Frères dominicains
Fantassins ordinaires
Prêcheurs
Tes bibliothécaires

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Fumer

Je n’ai pas arrêté de fumer parce que c’était mortel mais parce que c’était invivable. On m’obligeait à sortir, à côté des poubelles, dans le froid, et même pendant les fêtes, les mariages, sortir… Et même dans les bars, même au bout de la nuit, sortir… Fumer n’était possible qu’à condition de n’être pas à l’intérieur ! Du coup, j’ai arrêté. Je ne suis qu’intériorité. Mais j’ai adoré fumer. J’ai tout aimé. J’ai tant aimé !

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Tu ne mourras pas

Tombe mon amour où j’ai ouvert les bras
Je te rattraperai si Dieu n’existe pas
Le Néant n’est plus rien quand ton ombre est dessus
Je ne l’ai pas moins épousée que toi
Au point que je vivrai quand rien n’existera
Puisque j’aurai ton absence à mon bras

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Abolition

Nous avons moins aboli les privilèges que la noblesse.
Nous avons moins aboli l’esclavage que le besoin d’utiliser un fouet.
Nous avons moins aboli la peine de mort, que la peine et, bientôt, la mort.

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Renoncer au découpage heures/minutes/secondes

Pourquoi aucun politicien, nulle part, n’a-t-il jamais proposé d’abolir le découpage du temps en heures, minutes et secondes ? Après tout, ce découpage est tout à fait arbitraire. Il s’agit d’une pure création des êtres humains, qui n’a rien à voir avec la nature, et du seul vrai “ordre mondial” jamais remis en cause par aucun état souverain alors même que c’est lui qui rend le travail aliénant. Lui qui permet de synchroniser les armées et d’organiser la guerre à grande échelle. Lui qui permet à l’économie financière d’être décorrélée de l’économie réelle. Lui qui rend les rapports humains si compliqués, bizarres et insatisfaisants. Lui qui a transformé la pratique sportive en une compétition permanente.

Nous faisons systématiquement l’expérience de l’absurdité d’un tel découpage. En matière de temps, la pratique contredit en effet la théorie qu’on nous impose : cette heure est passée trop vite, alors qu’on n’a pas vu passer la suivante, etc. Les heures ne disent rien du jour et de la nuit, des années, des saisons, des cycles, au point que nous sommes obligés de changer d’heure deux fois par an, ou de ne pas en changer, ce qui, dans les deux cas, est absurde. Ce découpage heures/minutes/secondes n’a été possible qu’une fois que la philosophie avait tourné le dos pour de bon à l’analogie. C’est le chef d’œuvre du nominalisme victorieux, et le vrai seuil de ce qu’on appelle la modernité.

Je l’écris encore une fois : pourquoi aucun politicien, nulle part, n’a-t-il jamais proposé d’abolir le découpage du temps en heures, minutes et secondes ? Ce découpage est une arme politique majeure. Ce n’est pas pour rien qu’une grande horloge est accrochée aux frontispices des mairies, des places boursières, des banques. Et je ne peux pas voir une belle montre sans penser que celui qui la porte a accepté d’être réduit en esclavage à condition que sa chaîne soit en or.

Renoncer au découpage heures/minutes/secondes, et organiser la journée en “début de matinée”, “fin de matinée”, “milieu de journée”, etc.,  rendrait au cours des choses la mesure et l’ordre : l’équilibre. Cela contribuerait à sauver l’environnement, mais aussi les rapports sociaux et le rapport à soi-même. Il y aurait beaucoup moins de trains, moins d’avions, moins de guerres aussi, moins d’usines, moins de villes, et, disons-le, moins de connards. Un tel renoncement n’aurait rien d'”idéaliste” puisque c’est ce découpage au contraire qui est une pure idée, un pur idéalisme. Il s’agit donc d’une idée tout à fait pragmatique, laquelle pourrait constituer une vraie solution, et peut-être même la seule solution possible, mais qui demandera un courage absolument héroïque à ceux qui voudront la mettre en œuvre. Il n’en faudra pas moins pour sauver l’humanité.

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La dormition de Notre-Dame

A Marie-Anne Sire

Je suis tailleur de pierre j’ai des dents dans le cœur
Et au cœur vissée la foi du charbonnier
Gargouilles pharisiennes
Tigres à corps d’éperviers Loups Dragons Fées
Crins de fer dans la nuit ô mes fausses prières

Ne craignez rien ma vie surtout n’ayez pas peur
Car je ne suis pas l’être de ce qui est
Mais de Dieu le syndrome
Aidant de ce qui aide
Disons pour l’assassin le marchand de couteaux
Et du potier le tour
De l’Amour l’amant

Ne pleurez pas pour l’incendie ne plaignez rien
Lorsque le temple à l’ombre nette brûlera
Jésus né pour ressusciter saura le restaurer
Après tout Il n’a pas confectionné sa Croix
Pas plus qu’Il n’a fondu les clous tenant Ses bras
Il n’a pas tressé  la couronne
Ou les fouets aux terminaisons plombées
Et Simon de Cyrène que je sache ne fut pas crucifié
Le temps n’est pas l’espace
Notre-Dame n’est ni Dieu ni Jésus ni Notre Dame
J’ai tressé la couronne
Mon Dieu j’ai écarquillé Ses bras

Mes travaux n’ont de gloire qu’au travail incendiaire
Je nourrissais la suie quand j’élevais les tours
J’ai orienté les nuages
Et donné aux statues moins Son sang que ma vie
Ma pauvre petite âme pour la gloire de Sa Vie

Les anges aux pieds de pierre et aux ailes de bois
Devaient voler un jour
La flèche devait tomber
Marie aussi tomba
A genoux sous la Croix que Simon a portée

Les arc-boutants cédèrent comme un millier d’amarres
La mer a emporté la barque de Thésée
Cette mer, ô mère, où son père s’est jeté

Notre-Dame liquide a traversé ses chaînes
Fleur dont l’esprit écarte les pétales
Chaque bourgeon est beau mais tous les bourgeons meurent
Pour déclencher la vie
Et remettre leurs âmes à l’arbre pourvoyeur
Et au Temps la saveur intacte de leurs fruits

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En vrac

“Il faut être absolument moderne”, c’est-à-dire ? C’est-à-dire qu’il faut être absolument catholique.

D’où vient que les soldats et les punks à chien achètent leurs vêtements au même endroit ? Ou que l’agent immobilier et le vigneron indépendant portent la même doudoune sans manche molletonnée ?

Jésus était déjà là dans le Jardin (Jean, 8:58) et pourtant Adam était seul (Gn,2:18). Adam n’était donc pas avec Jésus, et n’était pas non plus tout le temps avec Dieu puisque le serpent lui parle après la création mais avant que Dieu se promène dans le jardin (Gn,3:8). Jésus, sauveur des hommes dans le temps, dans l’éternité n’était pas “l’aide qui lui fût assortie” (Gn,2:20). La femme l’était, elle qui était “l’os de ses os” (Gn,2:23) et le perdrait dans l’éternité (Gn,3:6) avant de lui donner un sauveur dans le temps (Lc,1:38) et dans l’éternité (Ap, 12).

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Je vivrai

Ainsi que dans une rose, la lumière, les pétales, la glace et les gouttes d’argile du matin sont alternés, emmêlés les uns à l’horreur des autres, les autres au désir des premiers — et ensemble à la livraison du soleil,
La peau amère de la lune
— pareille au visage fendu et gras de cette rose blanche qui a poussé sous ma voix,
Mon âme poussera dans la tombe à l’intérieur de la pierre.

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Un jour une femme

Un jour une femme trouvera mon chemin,
Cette même chanson ;
Elle aura sur le coeur ce qui dans mon tombeau ne sera pas à moi.
Elle aura l’oraison. J’aurai eu le combat.

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Fleuve Saint-Laurent

Sur l’île des Sœurs, le printemps chargeait l’air de fines pulsations. Des élévations roses montaient depuis les rues. Les plages ouvraient leurs paupières de galets, éveillées par des vaguelettes très froides. Des poches d’algues fermentaient au pied de la digue qui autrefois avait retenu une baleine dont les fanons, pourris au soleil, ressemblaient à des branches de palmiers. Les brumes empêchaient de distinguer où était la limite du Saint Laurent, et les limites en général. Le ciel, l’eau, les glissières des routes dans la poudre miroitaient. La lèvre granuleuse de l’horizon tergiversait à la poupe (qui embrasser, du soleil ou de l’ombre infinie ?) et ce faisant affectait jusqu’aux arbres dont le roulis ne permettait pas de dire si le vent soufflait ou si la terre avait tremblé. Un homme poussait un chariot vers un camion dont les phares tiraient un trait entre la devanture d’un magasin de journaux et la truffe à hublots d’une maison. Sur le fleuve, dans la lessive poussiéreuse, des marins récoltaient les troncs et les carcasses métalliques, les déchets, les pneus et des choses en plastique, à l’aide d’une usine flottante, orange, surmontée de grues et de conduits par lesquels s’engouffraient des mamelons de fer. Les mouettes piochaient dans les godets les poissons attrapés, en tâchant d’éviter d’être prises à leur tour, auquel cas les déchets se couvraient instantanément de duvet hirsute et de taches de sang. Les pêcheurs, retenus à terre, observaient la dragueuse depuis le quai du Cours-du-Fleuve, fumant, énervés moins par le spectacle que par l’inactivité qu’on leur avait imposée. L’un d’eux leva les yeux vers le bourrelet ferrugineux du Pont Champlain qui petit à petit prenait pied dans la brume.
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être et avoir

L’être est servi par les mots. Un mot dit ce qui est. Une rose est une rose est une rose. L’avoir est servi par le nombre. Le nombre dit ce que j’ai et non cela qui est. Si j’ai dix pétales, je n’ai pas forcément une rose. Si j’ai dix fleurs, je n’ai pas forcément un bouquet, mais si j’ai un bouquet j’ai un bouquet, parce que l’avoir-bouquet est l’avoir-bouquet. L’être ne peut pas être exprimé par le nombre. L’être est ce qui subsiste, ce qui insiste, ce qui reste. L’avoir est ce qui n’existe qu’en passant — et pour passer.

L’être n’a rien. L’avoir non plus n’a rien. Personne n’a jamais rien que pour un moment, c’est-à dire que personne n’a rien.

L’être est. L’avoir est. Même mort, celui-qui-a-vécu est. On ne dit pas “il a vécu” mais “il est mort”. Il est.

Le lieu de l’être est la conscience. Celui de l’avoir le marché. Le big data ne dit rien, il compte — ça pour compter il compte — mais il ne se rend compte de rien. Aucune intelligence n’est numérique, numérisée, artificielle. La science du calcul ne peut saisir que ce qui est variable, c’est-à-dire qu’elle ne peut saisir que ce qui dans la Réalité n’est pas la Vérité, et pourra être jeté en pâture au marché.

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C’est sûr…

C’est sûr, on peut ne pas s’intéresser au monde, aux choses, aux mouvements des ondes, à la lumière, au temps. C’est sûr, on peut ignorer délibérément ce qu’est la musique, trouver que la science est “un truc d’intello”, et penser que l’art, la religion et la philosophie, au fond, c’est pour les autres, les profs, les vieux. C’est sûr, on peut penser que tous les avis se valent et qu’il n’est pas nécessaire dès lors d’apprendre quoi que ce soit. C’est sûr, on peut éviter la peinture, la sculpture, la danse, Bach, Shakespeare, se vautrer dans son smartphone, meubler sa vie comme on peut, prendre des petites photos débiles, manger au restaurant, regarder des séries et des émissions de télé, se plaindre à cause du travail et des enfants, passer ses vacances dans des resorts à la con, ne réfléchir à rien, gagner le plus d’argent possible, soupirer en croisant un pauvre dans la rue. C’est sûr… Mais qu’on ne vienne pas, une fois qu’on aura renoncé à tout ce qui a jamais rendu humains les êtres que nous sommes, qu’on ne vienne pas, par pitié, m’expliquer que nous ne valons pas mieux que n’importe quel animal.

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Les trois temps de la littérature

Tous les romans se déroulent dans le passé. En lisant un roman dont les verbes sont conjugués au présent ou au futur, j’ai quand même l’impression que les personnages sont venus, qu’ils sont allés. Par nature, le roman est imparfait, romantique.

Tous les poèmes ont lieu dans le présent. L’expérience poétique est synchrone. Lorsque Rimbaud écrit “J’ai vu des archipels sidéraux…”, il les voit, et les voyant il les fait apparaître. Le poète est présence. Le poème est parfait, mythique.

Une pièce de théâtre enfin est une prophétie. Je me dis en lisant Hamlet ou en l’entendant que cela finira par arriver, exactement de cette façon. Je me dis en lisant Tête d’Or que le règne de Simon Agnel viendra. Eschyle, Sophocle, Shakespeare, Racine, Claudel nous montrent l’avenir, et à quel point — par certains côtés qui sont l’essence même de leur art — il est réel et monstrueux : tragique.

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Le diable est une méthode (éditions Ovadia, 2019)

Le diable est une méthode

Dans cet essai, je prétends que les pires drames sociaux ont  la même cause depuis toujours. Ils sont liés à la tendance chez les êtres humains à diviniser des lois qu’ils ont édictées au nom d’un principe, qui, lui, contrairement à elles, était réellement divin, et auquel ils se sont empressés de tourner le dos aussitôt les lois fixées dans le marbre. Je crois que cette erreur n’est  pas seulement regrettable, mais qu’elle est le mal lui-même. La modernité lui a dégagé la voie. Le Malin règne, et les Pharisiens sont à son service. Certains se réfèrent à un livre sacré, d’autres  à un manifeste politique, d’autres encore aux droits de l’homme, aux lois du marché, au répertoire des possibles techniques ou aux lois de la nature, mais c’est toujours à une règle qu’ils se réfèrent plutôt qu’à un principe, et à la fin, c’est systématiquement la loi du plus fort qui a cours, celle du Malin.

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Rendez-vous

Il ne faut pas s’abandonner, car “s’abandonner” suppose que l’on s’appartient. Il faut se rendre.

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Carpe Diem

Zone tranquille, sablonneuse de cette journée… Sans navire d’abord, j’ai eu faim, j’ai cherché. Vivant, je vivais. Maintenant je suis au bord tranquille et sablonneux de cette journée. Là-bas, une sirène est morte — dans sa bouche du sable — elle commence à empester.

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Dépôt lapidaire

Mémoire : dépôt lapidaire de la conscience, gargouilles de mes actes manqués, moisissures sur le marbre qui sans doute ont à voir avec le désir. Gorgone, ma mère… Et la morale : la maladie de la pierre… Le soleil autrement aurait tout repris. Il aurait tout lavé, s’il n’y avait eu dans l’herbe, devant les fenêtres de l’hôpital, ces blocs sinistres et irrésolus.

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La mort de Sénèque

Je n’aime pas Sénèque, ce Bouddha maigre… La description que Tacite donne de sa mort est ridicule. On lui coupe les veines du poignet, ça ne fonctionne pas, puis celles des jambes et des jarrets, toujours pas, il prend du poison donné par Statius Annaeus, ça ne fonctionne pas non plus, la mort ne veut pas venir, parce que la mort ce n’est pas “une chose” qu’on consomme. Il comprend, le pauvre, tout ensanglanté, séparé de sa femme qui finalement ne sera pas tuée, que la vie n’est pas l’inverse de la mort. Vivre, ce n’est pas “ne pas mourir jusqu’au jour où…” Vivre c’est vivre. La mort, pour la vie, est une question. En voulant consommer la mort, je refuse de poser cette question. Je l’évite, comme si je séchais l’examen après avoir suivi les cours sans en manquer un seul. La philosophie n’est pas là pour ça, ni la religion. Tout au plus, elles sont là pour aider à formuler la question, mais surtout pas y répondre. Seule la mort y répondra. Ceux qui veulent éviter de poser la question, ou croient pouvoir y répondre depuis la vie, en se donnant la mort, sont des idiots, rien de plus. Sénèque était un idiot qui, comme tous les idiots, refusait d’être inquiet, et cherchait l’approbation des autres et de lui-même. Il voulait être rassuré. Les stoïciens n’ont jamais cherché autre chose il me semble : toute leur philosophie est une tentative pour être rassuré.

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Nuit…

La chair des cavernes.

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L’étant est l’étant

La forêt est au supplice : sous le bois, dans la légère pugnacité des ombres, il n’y a pas l’hiver ou le printemps mais le charnier des anges. La nature n’était pas cet arbre, ces feuilles, la tempête sous le bosquet ou les voiles roses et mousseux de l’été. Ce n’était pas non plus le délire militant de Lucrèce. La nature est la nature, comme l’étant est l’étant. Si on ouvre au couteau des pierres, on n’y trouvera pas l’essaim doré du jour, n’en déplaise au synode, ou une volée de coccinelles, mais la pierre seulement. “Tu es pierre et sur cette…” Le Royaume est parmi nous.

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