Michel Serres

Ça me fait de la peine tout de même que Michel Serres — dont les volumes d’autrefois (les cinq Hermès surtout, ah et le discours de réception adressé à René Girard !) étaient intelligents et très précis au fond et imprécis et parfaits, et poétiques dans la forme ; ça me fait de la peine, je disais, que Michel Serres soit maintenant aussi crétin. Il ne s’aperçoit pas, cacochyme, que Petite Poucette, comme il dit, ce crétin, est à la psychologie collective ce que Little Boy fut au bien commun. Le mal s’est féminisé voilà, une hirondelle aussi peut tuer ; au lieu de couper les yeux des enfants il habite dans leurs bouches, à la place du langage et de l’amour des parents, dans un nid de boue, un cancer graisseux sur la conscience. Il tue l’âme à l’intérieur, et rien n’entend — la mémoire etc. C’est le drame des gens comme Michel Serres (et Victor Cousin à l’époque, hein mon cher, mon révéré Victor Cousin !) de passer à côté de ce qui est peut-être la seule vraie preuve qu’un philosophe est un philosophe, parce que c’est la seule vraie preuve que cet homme-là est plus libre que les autres : avoir compris, sentir, trouver… savoir quand s’arrêter.

Posted in Notes | 1 Comment

Halle aux grains

Le canal est sa ceinture, la cathédrale son contrepoint. J’habite près d’ici chez un ancien loueur de greniers. Les charrettes autrefois avançaient dans cette espèce de cour argentine où donne ma fenêtre, désorientée plein sud, et dont une glycine a envahi les murs orange. C’est un morceau du centre ville après les boulevards : une excroissance. Les clochards ariégeois et les commerçants échangent leurs procédés sous l’oeil invincible de Saint-Aubin, gros temple rouge au profil anglican. Les tatoueurs, leur magie noire… Les soixante-huitardes et leurs chiens aveugles… Les héros controuvés, écrivains, coiffeurs, fromagers sioux… La Halle aux Grains depuis quatre ans est mon manège et ma yourte et parfois hein c’est ma pyramide d’Égypte.

Posted in Toulouse | Leave a comment

Garage des Potiers

La façade lépreuse de ce garage au croisement de la rue des potiers et de la rue des abeilles, à une vingtaine de mètres des trois mille primevères du Grand Rond (l’entrée du loup voleur de chiots, près des allées François Verdier et du kiosque vietnamien), en face ou presque d’un Clos très fameux que tenaient il y a encore deux ou trois ans les parents d’une amie, cette façade avec son enseigne (Garage des Potiers / Service / S. Julien / Sortie véhicules / 24/24, 7/7 / Défense de stationner), ses deux meurtrières, ses lambeaux beiges et gris et sa fenêtre à grains en hauteur (ce fut sans doute une écurie), étaye en moi un irrésistible sentiment de sécurité.

Posted in Toulouse | Leave a comment

Météo nationale

Pluie fine, interstices ambitieux ; le ciel n’a pas décidé. France, mère chérie, aux ourlets de ta gabardine accroche un peu de feu. Et des perles blanches, nuageuses ou bleues ; une broche argentée ; autour du cou cette rivière qu’autrefois j’ai aimée. Les Corbières cache-les. Ne laisse rien de cette nuit aux oiseaux ; ni de ce jour à l’agenda. Attends. Sois belle. J’ai rencontré des patriotes.

Posted in Fragments | Leave a comment

Existentialisme

Casimir est un grillon aux jambières d’or. Je l’ai rencontré il grattait les insignes noirs d’un sous-bois ardennais. “Si tu es allemand, prévient-il, je connais des techniques.” Les insectes de son genre sont à l’intérieur de l’oreille comme une conque à un triton. Leur niveau d’existence varie, au point qu’on jurerait les entendre chanter. Les grillons, paraît-il, existent quand ils chantent ; et en les écoutant on les fait exister. Je serai rassuré moi le jour où les grillons m’auront entendu chanter.

Posted in Plaisanteries | Leave a comment

Hélas, nous avons inventé l’horloge mécanique

L’invention de l’horloge mécanique à la fin du quatorzième siècle a abouti à un changement assez regrettable dans l’imaginaire collectif. L’humanité est passée d’une conception qualitative du temps, à une conception quantitative. Nous nous sommes mis à compter ce que jusque là nous avions seulement ressenti. Nous sommes passés autrement dit d’un paradigme basé sur l’écologie (je m’inscris dans l’environnement, ma pensée essaye de trouver sa place dans le cosmos, c’est-à-dire dans un ordre qui lui préexiste) à un paradigme basé sur l’organisation (j’impose ma personne à l’environnement, je le rends personnel, et rien n’est plus grand que ma pensée, tout lui est subordonné). Le temps est un noumène. L’horloge mécanique en a fait un phénomène. En cela, elle est moderne par excellence: non contente de subjectiver le Bien, la Vérité et la Beauté, la modernité a déclaré que le Temps lui-même n’était rien d’autre qu’une vue de l’esprit. L’invention de l’horloge mécanique va avec l’univocité, le nominalisme, la Réforme, Descartes et, finalement, Kant et les droits de l’homme, puis Duchamp, Dada, le surréalisme, la déconstruction, le relativisme éthique et scientifique, le technodéterminisme.

Nous avons divisé les jours en heures, en minutes, en secondes, de façon tout a fait arbitraire, et l’humanité a prétendu régler le cosmos. Une règle a remplacé un principe : l’horloge mécanique est pharisienne. Comme d’autres lois célestes, le temps est tombé dans les mains des Pharisiens.

Lorsque la nuit le tic-tac d’une trotteuse m’empêche de dormir, au point que j’en deviens fou et que je finis par vouloir jeter l’horloge par la fenêtre, c’est moins le bruit qui me dérange, que la sensation que cette trotteuse ne dit rien du temps qui est en train d’avoir lieu. Soudain quelque chose en moi comprend à quel point il est absurde de compter le temps de cette façon. C’est cette absurdité qui me rend dingue, l’absence de relation entre ce qui est certainement vrai et ce qui est prétendument réel.

Le malaise de nos contemporains vis-à-vis de la mort peut être imputé pour partie à l’invention de l’horloge mécanique.  Comment voulez-vous comprendre ce qu’est l’éternité, ou le néant, et la mort en général, quand vous croyez que le temps est une addition infinie ? Comment voulez-vous que la vie ait un sens si vous pensez qu’elle n’est rien d’autre qu’une certaine quantité de minutes passées sur cette terre ?

Les montres que nous portons au poignet sont des bracelets de prisonnier. Elles nous enferment dans le mensonge subjectiviste. Il nous semble tout à coup en les portant que le temps nous est compté — alors même que c’est nous qui sommes en train de le comptabiliser ! Du coup, nous voulons tout, vite, consommer, jouir, nous divertir, voyager, photographier, archiver, stocker, publier, hurler. Nous ne sommes pas absolument modernes (il faudrait pour cela revenir à une vision transcendantale du temps), mais infiniment contemporains.

Celui qui s’est déjà confronté au “paradoxe sorite” a appris qu’un tas de sable n’était pas réductible au nombre de grains qui le composent. En enlevant les grains un à un, vous n’arriverez jamais à déterminer la quantité exacte à partir de laquelle le tas n’en serait plus un. Autrement dit, le tas de sable est autre chose qu’une certaine quantité de grains amassés sur la table. De même, la vie est autre chose qu’une certaine quantité de minutes passées sur cette terre, et le temps, tenez-le vous pour dit, n’est pas une quantité.

Posted in Pensées | 1 Comment

Wagon

Dans mes jours une faille a couvert les carences, et les a retrouvées, prises, alourdies. L’oubli est moins l’absence que le manque des souvenirs, je l’ai compris en voyant un train brûler. Et ce manque est présent.
Et cette présence est inoubliable.

Posted in Fragments | 1 Comment

Kampuchéa

Les hirondelles dit-on, en forme de points virgule, n’ont pas retrouvé la Chine. Nixon fut coupable de crime contre l’humanité : 2,7 millions de tonnes de bombes sans prévenir le Congrès. Le téléphone rouge n’a jamais aussi bien porté son nom. La marionnette Lon Nol céda sa place à des vampires aux dents nettes. Le langage bien sûr fut leur première victime. Pourquoi le malheur est-il à ce point obsédé par le silence ? La langue khmère avec ses petits arceaux magiques a depuis 1979 un goût de pus et de terre.

Posted in Notes | Leave a comment

Aphorisme

Le bonheur est à la pêche ce que les poissons sont à la justice, cela n’a rien à voir…

Posted in Plaisanteries | 1 Comment

Walking dead

Les traces dorées près du volcan ne sont pas des mots. Les arbres, tu as beau dire, ne parlent pas. A-t-on déjà parlé et, dans ce cas, où le langage est-il allé ? Depuis combien de temps avons-nous été tués ? Et pourquoi, pourquoi personne ne le sait ?
La différence entre un fantôme et un mort-vivant, c’est que le mort-vivant lui ne sait pas qu’il est damné. Et il croit à sa propre volonté. Mais il est mort et ne sait pas parler.

Posted in Fragments | Leave a comment

Fibre

Les feuilles argentées, la montagne, l’eau, fibre.
Rembrandt, fibre. Bach, fibre.
L’arrêt de bus, le clocher du village, fibre.
La glycine espagnole, fibre, fibre !

Posted in Notes | Leave a comment

Spinoza en fumée

Il suffit, me dit-il, de rouler serrée l’oeuvre de Spinoza. C’est meilleur que le meilleur des joints. Dedans, il y a les incohérences, le sujet, la torpeur maximum, et le vent bien sûr, le grand vent dans les églises mortes, autour des autels, sous la gorge d’Iphigénie — du désir la broche collective… — ; et ce vent, ce grand vent persévérant attisera dans les coeurs millénaires le seul incendie véritable en ce monde, le monde, notre monde où rien n’est sec et où rien, à part Dieu, ne peut véritablement brûler.

Posted in Fragments | Leave a comment

Prospero

Sur le rocher marqué d’une île, perles, poignard, vêtement noir brodé d’argent, barbe rousse, le pied fin mais les mains potelées,
Assez ridicule en fait — et très seul : “Je suis le langage !”

Posted in Fragments | Leave a comment

Saravouth

Montréal, 2000 : le froid, la patience.
Phnom Penh, 1973 : les avions, l’eau, le printemps, les mitraillettes.
New York, 1985 : la douleur, Joyce.
Montréal, 1998 : Sébastien n’ira plus à l’école.
Phnom Penh, 1969 : la vase, le feu, les nuages.
Montréal, 2003 : avenue Mont-Royal, etc.

Posted in Fragments | 1 Comment

Texte refusé, réponse au Rédacteur en chef

Je préfère vous écrire la vérité (j’écris toujours la vérité) : je suis déçu. Je trouve très laid l’orgueil ainsi vêtu — le manteau, les guêtres, le cache-nez de la déception — même si tout cela ne revêt à mes yeux rien de trop important. Il me semble en effet qu’il serait mal venu de dire comment s’habiller à une fille qu’on a invitée au bal, lorsqu’on est à peu près certain qu’à la fin de la nuit ce détail n’aura plus d’importance.

Posted in Plaisanteries | 2 Comments

Rue Sainte-Ursule

 Pour Maximin de Chassy, en souvenir des temps héroïques

La peau de la rue Sainte-Ursule est indigo, violette, pigmentée, dodue, pailletée d’or, crasseuse, moussue, muée. Elle commence rue Gambetta, à Toulouse, quelques mètres après le lac de la place du Capitole dont les affluents emportent la lumière sans que le niveau ne baisse, et termine place de la Bourse, à laquelle une fontaine fait un bijou égyptien. Sur un bord, numéro quinze, la rue décroche, et au numéro cinq ferme la parenthèse. Absence luxuriante de végétation. Façades hautes. Deux étages pourtant mais la proximité les grandit (luxe pour semi-riches). Les quatre premiers immeubles à main droite ont cela de provincial qu’ils veulent avoir l’air parisien, de ces pays où la misère est un métier, Bordeaux et ses négriers, Amsterdam et ses Bordelais, mieux sinon : Paris. Les fenêtres en forme de ballons crevés et les demi-fenêtres ovales à l’entresol avec leurs minuscules paupières rouillées ne s’ouvrent jamais, à croire qu’y habitent des photos craignant que le vent ne les disperse ou qu’un oiseau malade ne vienne picorer. Ce pourrait être l’adresse d’un protestant ayant renoncé à ses vues après un deuxième divorce, calviniste seulement le matin et moliniste l’après-midi, puis chamane, alcoolique, la nuit.

La rue Sainte-Ursule n’est faite que pour passer, ce sont les lycéens surtout, les livreurs et les avocats (place de la Bourse se trouve le Tribunal de Commerce), et la foudre des jours sans orage qui salive à la commissure. Les trottoirs minuscules obligent les piétons à accélérer et les voitures au milieu d’eux à rouler au pas, le tout dans une compression de César, le métal et la chair, surtout l’envie, l’envie d’avancer, tout ça en harmonie. Deux minuscules rues s’enfoncent vers la Rue Saint-Rome et déséquilibrent l’ensemble. La deuxième est Tripière, étroite avec sa carrure de juillet et son restaurant entre les jambes. Là vivait mon ami Albéric qui ne se presse pas quand il monte un escalier. Chez lui je me souviens des nids d’hirondelle au bord du toit, et de ce balcon sur lequel nous fumions des cigarettes en croyant réduire nos prétentions — sur le dos desquelles pourtant la bête se nourrissait. Ses parents ont vendu cet appartement pour s’installer après la place Dupuy et le canal du Midi. Les faunes débiles et hirsutes qui envahissent la place de la Bourse le soir de la fête de la musique les en auront chassés. Les Toulousains historiques de toute façon, autrefois installés vers la Garonne, ont tendance à remonter vers le Canal. C’est, disons, « le sens de l’Histoire ».

Une nuit je placardais avec Maximin des poèmes sur les murs du lycée Fermat ; nous avions décidé d’être fiers ; c’était presque l’été, les moustaches du ciel frisaient de moins en moins — quand un gyrophare se mit à battre des ailes devant le collège. Nous étions coincés, pris dans un cul-de-sac. En guise d’avertissement, l’ange bleu de la police émit un cri à peine perceptible, l’ombre d’un cri, les policiers désirant sans doute éviter de réveiller tout le quartier avec cette protohistoire de poésie. Un animal se serait laissé attraper et mené à l’abattoir avec des yeux plissés de fakir, mais la bêtise est ce qui nous différencie. Nous avons couru vers la voiture, la voiture a pilé, ses portes ont claqué, elle a fait demi-tour, nous courions, un flic courait et derrière lui suivait son collègue en voiture. Peut-être allions nous mourir. Il faut toujours croire quand une aventure commence qu’on pourrait y rester. Tenez, c’est ce que je me suis dit ce matin en entendant un chien en bas de chez moi  — il pleuvait, la coiffeuse est calme en ce moment et pour une fois j’avais dormi (ou était-ce un tour de mon imagination, le diable dans sa boîte ?) : « Tu vas peut-être y rester ».

Devant la porte du collège mon complice prit vers la rue Pargaminière, qui à cette époque n’avait pas était refaite et dont l’odeur de kefta était délicieuse et salée. La voiture était pour lui, le sprinter fut pour moi. Deux heures après minuit, le ginko de l’hôtel Bernuy avait une silhouette en ruines. Je le dépassai puis tournai à gauche devant le tabac où d’habitude un homme plat me vendait des paquets de dix, et à droite : rue Sainte-Ursule. Derrière moi, les pas du sprinter étaient réguliers. Putain, si réguliers ! Je comprenais Eschyle.

La rue m’est apparue plus fermée que jamais, les murs se resserraient, leurs parapets minables et leurs toits faussement hauts se touchaient. Derrière, le flic courrait. A quel point était-il endurant ? Plus que moi en tout cas, je suis trop cynique pour croire qu’il suffira de s’entraîner. Je ne me suis jamais entraîné. Lui, il courait, tranquille, à grande vitesse mais plus calme que s’il avait été immobile. Je me sentais dans un désert sans dune ni végétation à midi un cochon de lait courant devant un guépard (babines retroussées, regard de grand-père cannibale…), la viande sera meilleure si le cochon a vu sa vie défiler, ses premières amours, le silence des granges pavées et l’odeur caressante du fourrage, son fourrage, ses projets.

Il m’a rattrapé rue Sainte-Ursule devant la grosse bouche du cours de danse où je m’étais agenouillé — la place de la Bourse là-bas m’apparaissait lumineuse, orange, argentée, une promesse impossible de salut, le ruban et son ballon au milieu d’une foire où un enfant les a perdus. Trois fois il m’a frappé au visage avec son poing de fer, les étoiles je ne les ai pas vues et la douleur quand j’y pense n’avait rien d’exploitable. J’étais au fond de ma jeunesse. Aucun problème d’argent pour me justifier (mes parents sont fonctionnaires, on avait de la viande au dîner) : « Tout ça pour un poème ! je hurlais. Un poème ! » Je n’aurais pas pu lui faire mal. Evidemment, l’adjudant ignorait qu’il y avait en moi des étonnements qui me pousseraient un jour, aujourd’hui, à décrire ses joues en gomme, la mission convergente des yeux, les cheveux ras, d’un noir sans clarté, sa taille d’au moins un mètre quatre-vingt et son cou droit sans la forme des artères, la tête inclinée vers la gauche et ses mains d’ancien gros, l’action érigée en principe, le blanc grisé des yeux et le drapeau de son écusson au-dedans de sa tête, marié certainement, trop impulsif pour ne pas être marié, gentil à la maison mais au travail méchant, ambitieux, hâtif dans l’amour, moins cultivé qu’une framboise. Il pensa que j’avais de la drogue et me fouilla tandis que je répétais bêtement, pathétiquement, inutilement à ce garçon de ferme déruralisé : « Un poème ! Tout ça pour un poème ! » (Misère bourgeoise de ma vie).

Au bout de la rue Sainte-Ursule, devant la boulangerie où à treize ans j’achetais des pains aux raisins en forme d’enseigne de salon de coiffure, m’attendait la voiture bleue et blanche de la police et dedans mon ami. Joie de retrouver ce frère sous le ciel orange et sec. Qu’avions-nous fait ? De quoi avions-nous eu besoin en décidant de ne pas nous coucher ? Les nuages énormes vendangeaient les étoiles tandis que la lune pieds nus… Menotté comme moi, en sang, je retrouvai sans un pli ce qui chez Maximin est caractéristique : la fierté. Impossible désormais de reprendre cette rue Sainte-Ursule, qui depuis a été envahie par les magasins de BD, sans repenser à cette nuit pathétique et géniale où Maximin et moi avons décroché les poèmes un à un, surveillés par les agents municipaux, en nous moquant à voix basse des quatre hommes armés qui nous suivaient comme des valets.

Le lendemain, il restait des agrafes et des points de colle sur les murs du lycée ainsi qu’une trace de sang. Il ne nous en fallait pas davantage pour avoir l’impression d’avoir sauvé nos âmes. Et d’une certaine manière, c’était vrai.

Posted in Toulouse | Leave a comment

ὑπομονή

ὑπομονή (hupomone) est le deuxième plus beau mot de l’histoire des langues indo-européennes, après ἀγάπη (agapé).

Posted in Notes | Leave a comment

L’oreille de Malchus

Il n’est pas inintéressant de considérer Saint Pierre comme étant non pas seulement la première pierre de l’Eglise mais l’Eglise elle-même ou en tout cas la préfiguration de toute son histoire. Comme elle, il est lourd et faible,  il doute, incapable de marcher sur l’eau très longtemps, il renie, il a peur, il est fier, il peine infiniment à comprendre les paraboles et ne retient pas ses pulsions violentes, et comme elle pourtant il sert, il suit, il accepte, il essaye, il s’acharne. Et comme elle il est martyrisé, le cœur, la tête et les bras ouverts près de la terre nourricière, ressuscité par le saint siège.

Lorsque Pierre coupe l’oreille droite du serviteur du sacrificateur (Malchus, serviteur de Caïphe), il enlève à celui qui ne veut pas écouter, et avec lequel l’entente semble impossible, l’organe de son entendement. Jésus, pourtant, remet l’oreille. C’est pour ceux-là qu’il est venu : ceux qui ont oublié comment écouter, ou qui ne l’ont jamais su. Il n’est pas question de les priver d’oreille, pas plus qu’il n’est question de les violenter sous prétexte qu’ils obéissent aux impulsions sacrificielles.
“Jésus dit à Pierre: Remets ton épée dans le fourreau.” (Jean, 18:11). C’est un euphémisme de dire que l’Eglise a eu du mal à écouter cette phrase, et a été critiquée autant parce qu’elle ne l’avait pas écoutée (les guerres de religion) que parce qu’elle en avait suivi le commandement (la deuxième guerre).

Posted in Notes | 1 Comment

état de nature

Le marronnier balèze a bouffé un enfant de l’école primaire. Un jour ou l’autre hein la Nature reprend ses droits.

Posted in Plaisanteries | Leave a comment

écologie

La destruction de la Nature finira par constituer à elle-seule la preuve de l’existence de Dieu.

Posted in Notes | Leave a comment