Shinar

Si la théorie du Big-Bang dit vrai, notre mémoire et notre conscience ont poussé dans la trajectoire d’un choc fondamental. Le poème doit se faire l’écho de cette déflagration.
« Choc » veut dire « révélation ».
Le choc est subi. Il ne peut pas être désiré, préparé, jugé, évité.
La révélation vient subitement.

Sweig : « le ciel est un but infiniment éloigné ».
Le désert, c’est le ciel sur la terre (Charles de Foucauld).
Négatif du ciel : comme pour une photo, il suffit de développer.
Shinar (langage) est un désert : à la fois lien et rupture, paroi sur laquelle le poète colle son oreille et sa langue pour entendre et goûter ce qui existe en vérité.

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Lacune

On continue de crier. Adulte, on crie autrement.
La rivière hurle vers l’océan / rien ne pourrait la retenir.

L’existence est un mouvement que le corps n’est pas destiné à suivre, pourtant irrésistible (Le corps n’est destiné à rien). C’est un déchirement. On projette sa détresse comme une onde.
On déchire l’onde en s’y accrochant.

Espérance : croire que l’écho dit autre chose
Et que les cris ont un objet.
L’objet et le cri se réunissent en un point de la chose.

Le jour où le travail du Temps s’arrête, espérer que la chose n’aura pas disparu et qu’on pourra s’y lover comme un indice.

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Vieille Claire

— Clair éclairage, éclair, âge, éclairage
Eclair, âgée Claire, quel est ton âge ?
— Eh, j’ai tous les âges ! car étant claire
Je serai Claire le temps d’un éclair.

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Obligation au voyage

Le voyage est le service militaire du XXIème siècle. Si tu ne voyages pas, t’es un objecteur de conscience. Antimondialiste, bidon, à jeter. Va chier, Guignol ! Tu reçois, comme à l’armée, une convocation appelée « volontariat » : Volontariat International à l’Etranger. V.I.E., béchamel administrative. Ils t’expliquent que si tu n’y vas pas, tu crèveras dans une pauvreté mirifique. Alors tu y vas, comme au STO. Il te manque déjà, le béton où tes genoux s’égratignaient ! Tu voyages, bordel  ! Tu parles anglais, espagnol s’il fait beau ! Ils sont contents ! Ton père ne veut plus de toi… Tu es la putain qui a vu du pays. Comme ils disent, « tu as réussi dans la vie ».

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Toulouse

D’un côté la Méditerranée : miroir de feu hellénique ;
De l’autre l’Atlantique : voiles blanches, colère ;
Les Pyrénées : cheveux de glace, flancs d’éboulis ;
Le Lauragais ; le Gers ;
Lotissements aux abords des châteaux, mauvais vins, trafiquants,
Aristos fauchés,
Pizzaïolos.

Dans la voix, les Toulousains ont des billes de fer. Ils ne parlent pas, mais brisent des cagettes dans leurs coffres tourbeux.
Leurs jambes s’arquent autour du souvenir des chevaux avec lesquels leurs ancêtres labouraient les pâtis.

Les églises bandent au chaud soleil. Les rues s’amoncellent vers la sortie. Je suis brun, malade, colossal, cathare, paranoïde, hasardeux et chimérique. La même torpeur nous anime,
Ma ville et moi,
Qui saigne le jour et fond la nuit.

Toulouse est wisigothique depuis toujours, déjà avant les Wisigoths. Cité violente et vaniteuse, jaillie du sexe de l’Histoire.
Toute son architecture païenne est dédiée à la Lune (Notre Dame de la Dalbade, la blanche)
Et au Soleil (Notre Dame de la Daurade, l’éclairée).
Les Toulousains ont toujours été païens, mais lâches aussi : d’où ce maquillage chrétien sur leurs masques de sorcier.
Musulmans l’été, Juifs l’hiver, protestants un peu partout, généreux mais économes, vaudous, chamanes ;
Ils dansent dans le secret de leurs jardins.

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Dimanche

La pluie sur un jour d’élections.
Dimanche.
Famille.
Liberté.
Mythologie !

Apéritif : saucisse, Porto, croustilles.
Déjeuner : agneau, frites, fromage, pain Cadenet, tarte au citron meringuée.
Trop mangé, trop bu. On se ressert.
Les enfants agacés jouent avec les porte-couteaux.
Cuillère à ragoût.
Sacrifice normal.

L’ivresse nous hypnotise en plein après-midi,
Plein salon,
Discussion,
Au milieu de l’amour ;
— on feuillète un catalogue en friche sur la table du salon.
Trop mangé… Pourquoi me suis-je resservi ?
Ai-je tant bu ?
J’ai trop mangé parce que j’ai trop bu.

Dimanche. La pluie sur un jour d’élections.

Ourlet de la semaine : revers d’espace-temps.

Une inquiétude se mêle à un bien-être spirituel, l’âme se recroqueville, il y a une irritation, un brouillard, de la résine sur les écorces, des signaux dans le marc du café, la peur de mourir, nuit mouvementée, envie d’embrasser mille fois sa mère et de lui demander pardon,

On éprouve un sentiment heureux comme un destin de paysan.

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Langue de feu

Il n’y a pas un texte où il n’y a pas un mot où Dieu n’existe pas

Un langage a pris dans ma bouche
Et il est parti
Comme on dit d’un feu qu’il a pris et qu’il est parti
— nourri comme le feu est nourri

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Folie

En définissant la folie, une société définit la normalité (Michel Foucault). Ainsi la folie est-elle une frontière derrière laquelle tout est potentiellement ridicule, dangereux ou saint.

« Un aliéné est aussi un homme que la société n’a pas voulu entendre et qu’elle a voulu empêcher d’émettre d’insupportables vérités. »
Antonin Artaud – Van Gogh le suicidé de la société – 1947

Nietzche, Artaud, Hölderlin, Poe, Baudelaire, Van Gogh.
A quoi leurs intuitions ont-elles menées ? à quelle fusion des sens ? quelle dilution dans l’être et jusqu’où ?

Nos grandes âmes sont‑elles sorties du cercle ou bien avons-nous tracé le cercle entre elles et nous ? Qu’est-ce qui manque à Adam aussitôt qu’il a mangé le fruit ? Rassasié, quelle soif ne peut-il étancher ? Est-il possible de donner un nom aux animaux sans oublier le sien ? Qu’est-ce que crie Prométhée quand l’aigle l’a massacré  ?

Qu’y a-t-il au bout de la connaissance d’absolument insatisfaisant ?

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Broca

On commence à mourir en apprenant à communiquer. La lèvre se déforme autour de la langue vague qu’ils nous ont collée dans la bouche. Les os, les dents prendront le pli. Le corps se contrefait. Dans mon cerveau, le venin de Broca se répandait.

La communication est la colère de Dieu à Shinar. J’aurais dû y penser avant même de pouvoir penser ; rester dans la Caverne abasourdi aux figures de feu…
J’aurais dû, putain, y rester.
Hélas, je me suis emparé de l’air où nageaient des pigeons qui n’ont plus cessé de me suivre après. J’ai gonflé mon torse de cet oxygène vicié de poumon en poumon, indifféremment du prisonnier au gardien, du rat au juge, et de celui qui la nuit balaye à celui qui, le jour, choisit.
Cri annonciateur : Houin !
« Plus tard, Maman, je serai écrivain ! »

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Saumons

Les saumons remontent le fleuve de leur début : huit cent kilomètres à contre-temps. Ils mourront en donnant la vie sur le lieu même où la vie a commencé, source immédiate de la mémoire.
Voilà qu’ils meurent après avoir fécondé une femelle qui était peut-être leur sœur et accouchera d’un apéricube.

Le monde n’est pas un cocon pour un œuf.

Les larmes ont besoin que les souvenirs soient frais, ou bien elles campent dans l’estuaire des yeux.

L’esprit se transforme en chameau, le chameau en lion et le lion en enfant.
L’esprit est un saumon quand le saumon est courageux.

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Séduction

Je n’ai pas réussi à me faire à l’idée selon laquelle il faudrait d’abord tirer vers soi pour donner. J’ai voulu éviter d’être Casanova au point d’en devenir le bourreau. Ma mère, sûrement, m’a trop manqué. Les livres m’ont blessé. J’ai eu un amour de jeunesse. J’ai eu des amours passagers.

J’ai cru que Gide avait raison lorsqu’il disait d’aimer toutes les femmes, et c’est en lisant Thibon que j’ai compris que cela ne pourrait arriver qu’à condition d’en aimer une au point qu’elle les soit toutes.

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Ciao !

Va mon ami, écris pour t’en aller ! Pars dès ce soir… Transfigure toi. Bois ton enfance. Mange la. Laisse-toi brûler au feu de ta mémoire ; puis renvoie nous !… Utilise ta force pour transformer ta Volonté en Disponibilité. Consens à ton intuition. Sois alchimiste, là-bas !… Et sois béni au Grand Désert !… Adieu , mon ami ! Je ne t’oublierai pas !

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Fusées / Engrammes

Quel tintement produirait mon corps arrimé à ces projectiles ?

Quel cri, ma pensée ?

Engrammes : traces laissées dans le cerveau par un nombre inouï d’observations poétiques.
J’ai refusé de fuir en m’enfermant dans une bibliothèque et une affliction infinies.
Cette époque n’est ni maudite je crois, ni achevée.

Une question toutefois demeure inexplorée :
Quel acte cannibale et nécessaire assujettit le cœur à la mémoire ?

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Sonnet irrégulier

Qu’est-ce qu’enjambe ce pont qui du ciel
Est la jambe ? Où est-ce qu’il s’en ira
Et d’où est-il venu, ce pont qu’une aile
Invisible suspend à l’entrelacs

Des nuages, du soleil, de la terre,
Noble mélange où furent fusionnés
L’espace et le temps, le bois et le fer,
Ceux qui sont morts avec les nouveaux nés ?

Que de fer et de bois, il eût fallu !
D’espace et de temps ! Pour avoir vaincu
Le vide et la matière séparant

De leurs épées de rien, trop efficaces,
L’homme du Dieu, la flamme du volcan,
L’esprit du cœur, l’âme de la carcasse !

 

 

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Etanchéité

Chercher le vrai à l’envers du mot.
Se ramasser.
Ramasser.
Déployer ce qu’on a trouvé de lumière
où la lumière ne peut entrer.

Etanchéité uni-verselle (un seul sens) : où la lumière ne peut entrer, elle ne peut pas sortir non plus.
Elle sort pourtant. Elle sortira.
Vérité !
Claquement des doigts !

Il y a en chacun un rayonnement à libérer. Sentiment d’urgence.
Seule la prière peut creuser l’intérieur des trous.

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Silicium

Le soir de son départ, sa mère s’empressa d’effacer les portraits de ses disques durs, clés, lecteurs. Elle mettait fin par son geste à vingt ans de supplices extra-utérins : avortement tardif et dématérialisé… clic ! clic ! Sa mère -accouchait.

Le silicium a permis ça : l’oubli, derrière, ne laisse plus de fumée.

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L’idée du Déluge

« Aussitôt que l’idée du Déluge se fut rassise…»
Arthur Rimbaud

Il s’agit en premier lieu de savoir de quoi on parle. Tu vas penser à des nuages (des nuages, façon de parler), mais tu t’apercevras vite : c’est tout à fait incomparable. Toi qui as vécu en Ecosse, où la pluie sert de fond de sauce, tu sais très bien quelle gueule ça a, un nuage, et de toute évidence : ça n’a pas cette gueule-là. Ce dont on parle cette fois – toi, moi, tu sais qui – c’est d’un truc dégueulasse comme il y en a dans les histoires des griots peules et dans les rêves des enfants qui n’aiment pas l’école. Ça phagocyte la voûte céleste, et ça descend sur Toulouse, à fleur de ciel – lourd. Ce n’est plus ni le jour ni la nuit. Toi tu regardes ça, ahuri. Tu ne t’en souvenais plus, mais tu sens : l’air brûlant au bout des doigts. Ça ne va pas tarder à péter, et ça va péter fort, ça aussi tu le sens, c’est en toi, autour de toi, dans les regards des passants. Tu te dis que ça va être un sacré branle-bas-de-bordel-de-foutu-vacarme et que les arrière-mondes vont faire du foin : une secousse à crever les tympans, l’estomac, les yeux. Tes yeux. Les miens. De quoi nous rappeler qu’on est des minis-maousses, tout riquiquis, tout gnagnagnas, des hamsters qui se tirent la bourre pour un pois-chiche bleu et blanc. Le vent accélère. S’il y avait une meute dans les parages, sûr que tu l’entendrais babahuler à qui-mieux-mieux. Folie des espaces infinis. Autour de toi, autour de tout, la matière vibre. Il y a une corde, personne ne sait, un truc invisible genre « hors du commun », fantasma-électrico-stastique, qui menace de se rompre dans pas longtemps. L’équilibre des choses est en train de changer. Tu en es convaincu à présent. Ce sont les sacs qui te font dire ça : les sacs plastiques qui tourbouillonnent. Frrrrt ! Ssst ! frrrrt !… Ça sent le chat mouillé. T’as toujours détesté les chats. Ça sent le fiel aussi, le goudron malmené par le soleil. Tu es le seul qui ne court pas. Tu marches à cette allure singulière qui ne va nulle part. Et déjà, les premières gouttes : de gros paquets comme des écrous. Ploc. En voilà un sur le bout de ton nez. Il y a des ronds sur le sol. Ploc ! Tu entends ?… re-ploc ! Tu es cerné, ça y est, il pleut des trombes ! Tu en as plein les poumons tellement c’est dégoûtant ! Plein le cœur. Chaque goutte sur ta peau est une brûlure de cigarette, parce que c’est l’été et qu’à Toulouse, l’été, il fait chaud, il fait même FRANCHEMENT chaud, comme au bord de la Méditerranée mais sans la Méditerrané – juste les barres d’immeubles, les torses nus des ouvriers, les briques, le ressac.

Un silence terrifiant s’approprie la cité. Vide grandiose. Tout s’est tu subitement. Ça arrive, parfois, et ça surprend, toujours. La nature retient son souffle une seconde à peine. Le réel est en suspens, comme si tout, ici-bas, avait cessé de fonctionner : les fontaines, les voitures, les horloges sur le fronton des gares.

Les muscles de ton corps se sont recroquevillés, comblant ce vide tubulaire qui se meut en chacun de nous. En toi. En moi. Il n’y a plus rien d’important : tu as oublié le nom qu’on te donne. Tu n’es qu’une poussière, une foutue-de-bon-dieu-de-putain-de-particule. Tu ne l’as jamais senti aussi fort, et bizarrement : tu trouves ça rassurant.

Le signal part enfin. C’est un éclat de lumière blanche. FLASH ! Lueur des dieux ! Re-FLASH ! Tu plisses les yeux, comme si tu sortais d’une caverne par un après-midi de mai. Tu n’as pas vu l’éclair – invraisemblable fulgurance.

Tu comptes. Tu as toujours compté dans ces cas-là, c’est un réflexe que tu as gardé depuis l’âge où l’on est en droit de savoir à quelle distance se trouve le danger.

1…2…3…4…

CRRRrrr !…BADOUM-PAPAM ! c’est comme si le tronc d’un arbre de deux mille ans ployait sous le vent ! l’hallali météo ! Les vitres des immeubles trémulent, miroirs d’eau ! des milliards de gouttes sombrent sur la ville ! T’es trempé, mon Dieu ! les yeux ! le falzar ! T’es devenu un homme-poisson !

La lumière pétarade – saccades ! des flashs à te gratiner la rétine ! – une masse atrabilaire surnage mollement, peuplée d’éclairs branchus : voyelles d’un alphabet sans âge.

Tu marches sous l’orage, la foudre, la flotte, cette fois tu es tout à fait seul. Il y a des gens qui te regardent depuis leurs fenêtres closes. Tu voudrais leur répondre mais ils n’entendraient pas. Alors tu continues, et tu te sens bien : c’est si rare d’être seul. Tu penses à ceux que tu aimes et à celle qui ne répond plus au téléphone (combien de temps, déjà ?). Heureusement, la tempête s’arrêtera et tu finiras par sécher.

On finit toujours par sécher.

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Fête de famille

Ça se déroule exactement comme on l’avait prévu : odeur de charcuterie dans tout l’appartement. L’oncle Jacques tutoie les galaxies. Il est bourré depuis la messe. Sa Gitane sans filtre emmerde tout le monde. Il s’en tamponne le coquillard. « Bénie oui-oui, petite-famille ! Pour Martin hip hip hip ! hip hip hip! » Il ne tardera pas à s’écrouler.

La tante Pauline est médicamentée. Elle tourne aux anxiolytiques. Elle alterne. Ça fait cinq fois qu’elle se fait larguer. Son mec va à la montagne avec ses potes, le week-end, en disant qu’il n’en a rien à cirer. Son fils fume des joints et traficote sur le web. Au lycée, il a des problèmes d’absentéisme. Ça n’a pas l’air de l’inquiéter. La tante Pauline aime la télé. Au moins, à l’intérieur, rien n’est vrai.

La mère de Martin est en cuisine. Elle s’est enfermée en disant qu’elle avait du travail et que surtout on ne la dérange pas. Le poulet suit son chemin. Les pommes vapeur seront bientôt prêtes. Maman épluche les oignons rouges, elle pleure, c’est normal. Elle s’ennuie surtout. Hâte que les invités soient partis.

Bonne-maman parle de mai 68, Bon-papa septembre 42. Personne n’y fait attention. La grosse Juliette est la seule qui est drôle. Elle s’empiffre de cochonnaille en discutant « bouddhisme ». C’est très comique à voir.

La petite peste de cousine se cure le nez en jouant avec son téléphone. Son con de frère a les yeux éclatés. La marraine Johanna et son nouveau mari Heu-comment-il-s’appelle-déjà se gaussent dans un coin du salon. Le rimmel de Johana a coulé. Heu-comment-il-s’appelle-déjà n’a pas remarqué, occupé à des cacahouètes. Il parle un français dégoutant. « Bah ouais euh ! je m’en branleu de la politiqueu, putaingue ! c’est de la merdeu ! » Ça lui déguerpit de la bouche comme un chapelet de rototos.

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Substitution

Le déchirement substitue la cause à l’effet.

Tu es mort et je veux être mort à ta place.
Ta mort est insoluble parce qu’il n’y a pas ma vie dans ta mort.

Tu es mort parce que je vis à ta place.

Tu n’as connu que ma vie et je ne connaîtrai plus rien
Que ta mort.

Tu es mort parce que je voudrais que tu sois en vie à ma place.

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Nombrhilisme

Homo sapiens : sociologie, mensonge, fédéralisme et arithmétique. L’homme pleure de tristesse au dedans infini de sa chair et dans son foie nauséeux. Il se liquéfie depuis l’intérieur. Jamais un animal ne pleurerait comme l’homme a pleuré. Les animaux se battent contre la Vie. Ils se la payent, d’instinct. Paf.
Seuls les humains ont le temps de s’entretuer.

Pour être libre, l’homme doit démuseler son animal-totem : devenir un poney, un singe ou un taureau, vautour pourquoi pas, un rocher. Utiliser sa conscience pour être tous les êtres à la fois, bestiaux et minéraux — les pins en italique au bord de la mer. J’ai la métamorphose humaniste. S’il a conscience d’être un caïman, je dis que le caïman devient Dieu. C’est Homère, le caïman ! C’est Shakespeare !

Je me suis évertué à ne pas être un animal. Jours et nuits à me décatir, univers gélatineux de la démocratie… La médiocrité, garrot à mes ailes d’ange ! Mon épiphanie lestée.

Il y a de ma torpeur partout où je suis passé. D’une existence à collaborer. Mensonges / Lâchetés. Mon cul, bonne île ! Aller au cinéma, la banque, se perdre dans l’intendance, les petits plaisirs pour la nuit et les joies pour le jour, reflets dans le miroir usés par trop de douches ; et le vertige : soleil noir à l’intérieur… vlan !
Mes volets ont frappé l’azur sur les doigts.

L’âme d’un dieu dans l’enveloppe d’un page-pantin, quel gâchis vraiment ! Si Pinocchio n’est pas devenu un garçonnet, c’est que Geppetto n’a pas eu l’indécence d’abattre un baobab. Pensez-y, lecteurs. On a besoin d’un sexe pour affronter la nuit.

Je m’effondrais de jour en jour. Je croulais de normalité. J’ai acheté des billets pour l’Amérique et je n’y suis jamais allé. Quelle torture, cette télé. Les magazines, quel abandon — la fumée qui aveugle sans le feu qui dévore.
Trempé, l’espoir sacré de l’enfance.

J’ai renié le cosmos dont j’avais le visage et atrophié la force dont j’étais l’appareil. Une vague sur une vaguelette. Fumerolles ! Dès le sortir de l’adolescence, je rêvais comme n’importe qui de compter et de m’en contenter. En attendant, je fumais benoitement dans une chambre à Paris.

L’enfance et ses pulsions ont sombré derrière moi. Je n’ai pas appris à construire une bombe. Je sale mes steaks, j’épice — tout pour être brûlé quelque part ! Ma volonté s’est dissoute dans mon coup de fourchette. Je ne me suis pas encore battu que j’ai rêvé déjà d’en voir la cicatrice. Du coup je suis gras, gros, lourd, huileux. Boursouflure nihiliste à l’endroit du nombril : c’est ça, c’est ma cicatrice.

Les rois, les dieux n’ont rien à prouver. Ils copulent avec des animaux si l’envie les en prend ! Athéna supplie qu’on lui enseigne ce que c’est que l’amour quand on a craint la mort ; seulement voilà : nous avons oublié comment imiter Dieu.

Si les fous n’ont pas de cœur, parfois leur corps entier est un cœur.
Et le cœur rit.
Oui, le rire est un rugissement !

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