Référentiels sentimentaux

Pour davantage de clarté, nous devrions situer l’expression dans un référentiel poétique, comme les physiciens pour la mécanique (référentiels galiléen, copernicien, héliocentrique, barycentrique, etc.).
— J’ai soif (claudélien).
— Je veux mourir (cioranien).
— Je m’ennuie (mussetien).
— Cela va mal finir (racinien).
— Feu ! (hugolien)
— Je n’ai pas le choix (cornélien).
— Vite ! (rimbaldien).
Une phrase comme “Il est blessé.” ne dirait pas dans un référentiel virgilien ce qu’elle dirait dans un référentiel shakespearien, byronien, verlainien, péguyen, hölderlinien ou houellebecquien.

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Raison suffisante

Le principe d’inertie chez Descartes (qui est la première loi chez Newton) devient avec Leibniz le principe de raison suffisante. La phrase “Tout corps soumis à une force résultante nulle est immobile ou en mouvement rectiligne uniforme”, conduit à la phrase : “Rien n’arrive en ce monde sans raison.”
Jusque là, pas d’entourloupe. Et puis les êtres humains, orgueilleux, franchissent le pas : “Toutes les raisons sont objectivables et méritent d’être objectivées. Je peux et je dois formuler ces raisons. Je peux et je dois influencer ces raisons, maître et possesseur de la Nature. Je suis La Raison. La Raison, c’est moi. Ce que je ne peux pas comprendre est déraisonnable. ”
Folie humaniste…

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Querelle des bouffons

Si j’avais eu vingt ans en 1752, j’aurais défendu Rousseau contre Rameau, la mélodie contre l’harmonie, le romantisme contre le jardin à la Française, la Nature sauvage comme fin en soi (l’état de nature), la fureur des passions contre Descartes.
A vingt-cinq ans, j’aurais défendu Rameau, l’harmonie, la mathématisation, l’unité française contre la pagaille italienne, et la Nature comme instrument pour une pensée qui s’élève en y trouvant moins de beauté que des concepts.
A trente ans, j’aurais invité Rousseau et Rameau à dîner.

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Les racines du ciel

— Mon Directeur de la communication m’a convaincu que ce serait une bonne idée, répondit le Président de la République. « Un coup marketing » a-t-il prétendu, je déteste ce mot, d’ailleurs, marketing, qui aime ce mot ? qui le comprend ? comment ça se dit en français ? un mot qui ne se dit pas en français, c’est un mot qui ne veut rien dire, non ? Bref, mon dir com’ y croit, lui, au marketing, et il a cru que cet éléphant pourrait être une idée pour remonter dans les sondages, où je suis, dois-je vous le rappeler, ridiculisé, humilié chaque jour, aimé de moins en moins. Le Ministre de la Culture, lui, ne froisse personne. Tout le monde l’aime, le Ministre de la Culture, parce qu’il parle bien. Le langage, oh mais quel drame ! Le langage fait tout, sait tout, excuse tout. Le Ministre de la Culture sait parler, patatras ! Sa logorrhée nous empoisonne ! On l’aime parce qu’on l’écoute, tandis que moi plus on m’entend plus on me hait. L’opinion me prend un point, deux points. Robin des bois des suffrages, elle redistribue les voix que j’ai gagnées. Le matin on me presse, le soir on me désavoue. Le Ministre de la Culture, lui, sait parler. L’ai-je jamais su ? A l’ENA, j’ai appris à bégayer. Popo, logo, liti, coco, plac ! loga, mono, doudou, clic ! Les Français m’ont élu un dimanche, il y a trois ans, parce qu’ils ne voulaient pas de l’autre candidat ; depuis ils retirent chaque jour leurs voix de l’urne où elles étaient scellées. C’est ça la Présidence : on vous dit « viens » un jour puis les mille huit cent jours d’après on vous supplie de vous en aller. Les Français n’aiment pas les chefs qui ne sont pas Napoléon. Depuis l’Empereur, aucun ne fut aimé. Pour nous le désamour quand à lui on a tout pardonné. La Russie, deux mariages, mégalomanie de chanteur de variété… on a aimé Napoléon ! Après lui les empereurs, les rois, les présidents, les entraîneurs d’équipe de France — même de Gaulle qui était pourtant à la fois un empereur, un roi, un président et un entraîneur — détestés ! J’ai cru que le Ministre de la Culture pourrait recréer un lien entre le peuple et moi ! Napoléon avait Chateaubriand ! J’ai cru qu’il trouverait pour cet éléphant une place dans un zoo ou un musée, qu’il le mettrait à l’abri dans un livre, circonscrit, empaillé, territorialisé au Jardin des plantes, ou bien qu’il lui achèterait un billet sans retour pour un pays où il fait une chaleur à crever, le sol comme un tapis de braises, le piment, la jungle, rites sanglants, la guerre à la sagaie, les fleuves comme des continents, les plébiscites démocratiques à quatre-vingt dix pourcents, l’eau tiède dans les poumons, la nuit plus suffocante que le jour, l’hiver qui est l’été, l’été qui est l’été ­— soleil écrasant ! Bref, ce que j’attendais, c’était un geste fort mais facile, du courage sans danger. Or, là, dieu, Saint Jean Jaurès ! que fait-il, le Ministre de la Culture ? Il vient, fier, comme toujours, vous autres, les philosophes, hein, vous êtes fiers, vous qui avez une langue à la place du cœur et une langue à la place du cerveau, une langue à la place du sexe et des pieds — langue hérissée de langues ! — et il m’annonce qu’il a classé le pachyderme Monument historique — bon sang ! — et que je vais devoir le laisser vivre à son aise, librement, dans Paris, au milieu des voitures et des immeubles, sur la place de la Concorde — à la Bastille ! Avez-vous la moindre idée de ce qu’est la circulation à neuf heures, Place de la Bastille ? Vous n’utilisez pas la voiture, j’imagine, hein, ils sont comme ça les philosophes, ils n’utilisent pas la voiture, c’est trop prosaïque pour eux, la voiture, trop élémentaire, n’est-ce pas ! trop sociologique ! Avez-vous une idée du ramdam que cet éléphant va causer quand il marchera, éléphantesque, rue du Quatre Septembre ? et le soir à l’Etoile, les vendredi ! Avez-vous la moindre idée de ce à quoi ressemble la Porte de la Chapelle un vendredi ? Savez-vous qu’une fois par semaine, c’est jeudi ! une autre fois lundi ! Non mais on croit rêver : un éléphant, en liberté — il y a un éléphant dans Paris !

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Déterminisme

Seule l’Education nationale pouvait permettre à des filles comme Johanna de côtoyer des garçons comme Antoine. Après le bac, ce serait fini. Ils ne feraient pas leurs études au même endroit, ne fréquenteraient ni les mêmes boîtes de nuit, ni les mêmes plages, ni les mêmes jardins publics. Ainsi, il n’y avait que sur les bancs de l’école où ils avaient une chance de s’aimer. Et encore, c’était parce que Johanna ne vivait pas à Paris, une ville assez grande pour être divisée en zones riches, presque pauvres et pauvres. Et c’était parce que les férues d’équitation et de théâtre — celles avec qui Antoine avait effectué sa profession de foi, les filles des amis de ses parents — n’acceptaient pas d’aller plus loin que le bisou avec la langue, à la rigueur la branlette. Mais un jour les filles comme Johanna auraient perdu l’avantage décisif qu’elles avaient d’écarter les jambes facilement et de s’abandonner pour presque rien ou rien. Quand les garçons comme Antoine ne s’intéresseraient plus à elle, sous prétexte qu’ils n’auraient objectivement plus aucune raison de s’y intéresser, et quand elle ne les croiserait plus sinon dans certains magasins où elle serait vendeuse, la vie de Johanna serait devenue une succession de fêlures en-dessous d’un miroir mal éclairé : l’interrupteur de la télévision, une Toyota à crédit — miracles houellebecquiens. Elle finirait comme tout le monde engrossée par un type laid, paresseux et violent.

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Les miracles déplacés

Le fruit sur l’arbre est un miracle. Le biologiste l’étudie et se rend compte qu’il y a une cause à ce miracle : une explication. Un idiot lui fait tout de suite remarquer que cette cause est elle-même un miracle. Alors le scientifique l’étudie, etc. A la fin de sa vie, il n’est pas arrivé à autre chose qu’à un miracle, au point qu’il a l’impression d’être un idiot lui-même — il commence à devenir intelligent.
La science déplace les miracles mais ne s’en débarrasse pas. A bien y regarder, il semble en effet que les miracles gagnent toujours. Pas à pas, ils se rejoignent et les chapelles disciplinaires fusionnent tandis que les scientifiques se grattent la tête les uns les autres et finissent pas se rendre à l’évidence : tous sont concernés par les mêmes miracles, une poignée de miracles, peut-être un seul miracle.
La science est l’art de déplacer les explications vers Dieu.

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L’été

Ployé devant l’évier comme un vieillard, je dévore une pêche totalement juteuse dans le secret d’une cuisine dont les volets sont en espagnolette et où une odeur de café plane depuis le début des vacances. Dehors, la chaleur brûle les ifs et le tulipier. Il est peut-être quinze heures. Le fruit tiède et sucré explose dans ma bouche comme un petit soleil. La maison est silencieuse. Les enfants dorment dans leurs lits en maillots de bain. Ils n’ont pas jeté l’aluminium de la tablette de chocolat ni débarrassé leurs verres de jus d’orange ni remis la confiture dans le placard, les quignons dans la corbeille à pain. Mon grand-père regarde les images du Tour de France à la télévision.

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Où la lumière s’effondre (2016)

Roman publié aux éditions Plon en septembre 2016

« Les techniciens tendent toujours à se rendre souverains, parce qu’ils sentent qu’ils connaissent leur affaire ; et c’est tout à fait légitime de leur part. La responsabilité du mal qui, lorsqu’ils y parviennent, en est l’effet inévitable incombe exclusivement à ceux qui les ont laissé faire. »
Simone Weil, 1943, L’Enracinement

À la sortie d’un dinner, près de San Francisco, une balle déchire la nuit comme un rayon de soleil. Ils ont tiré sur Paul Mercier sous les yeux de Robin Valéry, son meilleur ami.
Paul et Robin, ingénieurs toulousains extrêmement doués, princes de la Silicon Valley, ont cru qu’Internet serait l’espoir du monde. Ils ont créé mille chimères, un nouveau langage, un nouvel univers. Et puis Paul a fait volte-face. Il a regretté d’avoir enfanté ce qui était devenu un réseau de Pandore, technologie du désir morbide, de la violence, de la pornographie, de la finance algorithmique, du djihadisme. Aidé par la belle mais vague Julia, il a réuni une armée pour détruire Internet. Hélas, il n’y a rien de plus dangereux pour un dieu que d’être un danger pour ses fidèles ; Paul est la cible d’une tentative d’assassinat…
Il demande à Robin, que Julia déteste mais sans lequel elle ne peut y parvenir, d’achever leur projet.
Sous le ciel jaune de la Valley s’amorce un ballet où évoluent un agent anglais, un tueur, un hacker tatoué, une fillette indienne, un chauffeur de taxi philosophe, des médecins, des entrepreneurs, des actionnaires, Internet et une armée de dix mille hommes.

Où la lumière s’effondre, roman, Guillaume Sire, (lire les premières pages)

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L’alchimie vue par Gaston Bachelard

“Il s’agit bien moins de prouver que d’éprouver. Qui saura jamais ce qu’est une renaissance spirituelle et quelle valeur de purification a toute renaissance, s’il n’a dissout un sel grossier dans son juste mercure et s’il ne l’a rénové en une cristallisation patiente et méthodique, en épiant la première moire cristalline avec un coeur anxieux ? Alors retrouver l’objet c’est vraiment retrouver le sujet : c’est se retrouver à l’occasion d’une renaissance matérielle. On avait la matière dans le creux de la main. Pour qu’elle soit plus pure et plus belle, on l’a plongée dans le sein perfide des acides ; on a risqué son bien. Un jour l’acide adouci a rendu le cristal. Toute l’âme est en fête pour le retour du fils prodigue.”

Gaston Bachelard – La formation de l’esprit scientifique – 1938

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Salus generis humani

Auguste exigea la fermeture du temple de Janus pour la deuxième fois en 749 ans d’histoire de Rome. La guerre immense, l’interminable guerre était finie — c’est ce que voulait dire son geste. « Salus generis humani », ces mots furent frappés à la lisière des pièces de monnaie sous le profil de l’empereur. Après les campagnes guerrières, la campagne de communication. Auguste, prodigieux politicien, ne doutait pas que la guerre reviendrait. La violence n’était contenue que par la violence elle-même, il le savait, dans une coquille de violence, froide mais extrêmement puissante, autour d’un noyau de violence toujours et de plus en plus brûlant. Les volcans paraissent calmes lorsque la lave des violences passées est assez solide et glacée pour contenir la lave des violences à venir, mais le moment viendra où le chaos reprendra ses droits. Les portes du temple de Janus s’ouvriront comme elles se sont toujours ouvertes, leurs mâchoires ensanglantées.

Salus generis humani. Un homme peut prendre et donner la gloire et la richesse mais il ne peut ni prendre ni donner le Salut, quand bien même il serait l’Empereur de Rome. Auguste avait conquis l’espace et voulait conquérir le temps, sans comprendre que si l’espace s’étend et se possède, le temps, lui, se rassemble et s’appartient, et qu’ainsi, contrairement à l’espace qui est horizontal et dont le maximum a lieu quand il est infini, le temps est un procédé vertical atteignant son extremum quand il est éternel. De surcroît, on peut conquérir l’infini mais on doit mendier l’éternité.

« Si les scribes sont dupes, pensait Auguste qui n’avait pas compris que la Lumière ne provient pas du scribe qu’elle éclaire, alors l’Histoire sera dupe et j’aurai conquis le temps. Qui sait de quoi les peuples se souviennent ? Je dois organiser la censure, régner, faire semblant… Mais suis-je condamné à paraître ? Qu’est-ce qui tremble dans ma main près du glaive ? Quelle est cette force qui n’est pas Rome ? »

En plus de conquérir un temps qu’il croyait infini, Auguste devait s’arranger pour maintenir un espace qu’il voulait éternel. Or, contrairement au temps, l’espace, lui, avait un prix. L’Empereur eut l’idée de récolter des données à propos des contribuables — qui, où, combien — pour mieux les faire payer. « Organisez un recensement, dit-il à ses conseillers. Trouvez les détails à propos de chacun de mes sujets et fluidifiez le calcul et l’octroi de cet impôt dit “de capitation”. Nous avons besoin d’argent… Aucune violence n’est aussi chère que celle qui consiste à faire croire en la paix. »

Cyrinus, adjoint au gouverneur Sestius Satuminius, fut chargé du recensement en Palestine. « Que vaut ce pouvoir que l’on me somme d’exercer sur un peuple soumis depuis des siècles, pensait-il fâché, une terre belle mais râpée, éloignée du centre et ravagée par la colère des rois ? Quand reviendrai-je à Rome ? Qu’est-ce que j’apporterai?»

Il fut décidé que les familles de Rome et des peuples soumis devraient s’inscrire sur les registres publics de leurs cités originaires, car c’était en ce lieu — et non au lieu du domicile — que les titres généalogiques étaient archivés. Les familles se mirent en marche et des vagues migratoires parcoururent l’intérieur des nations pour répondre aux volontés de l’Empereur dont le profil glorieux ornait les pièces de monnaie : Salus generis humani.

Auguste, de son côté, malgré la douceur du vin et des femmes sans cesse différentes, ingénieuses, prolégomènes à ses nuits, malgré la politique épuisante, perdit le sommeil. Ainsi celui qui voulait conquérir le temps et avait conquis l’espace fut-il dépossédé du repos qui seul permet de jouir de l’espace et du temps. En proie aux délires de l’insomnie, il lui sembla que l’obscurité de sa chambre était habitée par les millions de femmes, d’hommes et d’enfants déplacés pour son recensement. Il entendait leurs pas obéissant à sa main et leurs respirations calées sur la sienne, leurs voix soumises aux cris de ses centurions, et tout cela, au lieu de le rassurer dans sa gloire et de l’aider à dormir, l’inquiétait. « Qu’est-ce qui tremble dans ma main près du glaive ? répétait-il. Quelle est cette force qui n’est pas Rome ? »

Sans le savoir, Auguste, l’empereur du monde, avait permis que se réalise une très vieille prophétie.

Marie et Joseph, qui n’auraient eu aucune raison de quitter Nazareth alors que Marie était sur le point d’accoucher, prirent la route de Bethléem, la cité de David et de la tribu de Juda, d’où le voyant Michée, sept siècles plus tôt, avait prévenu qu’un Messie serait donné au monde pour révéler aux nations le secret de l’amour de Dieu. Bethléem devait accoucher du Salut. Le temple de Janus rouvrirait sa porte, et Rome et l’Empire de Rome passeraient, et la gloire et la puissance de ceux qui comme Auguste s’enivreraient d’espace dans le but d’échapper au temps passeraient, tandis que le Royaume du Christ, lui, ne s’effondrerait pas, et que le règne de cet enfant dont le nom fut écrit cette année-là, 749ans après la fondation de Rome, par les serviteurs de Cyrinus sur le registre administratif des descendants de David, n’aurait pas de fin.

Alors oui, finalement, Auguste apporta aux hommes le Salut, et cette inscription sur les pièces de monnaie n’est pas totalement fausse : Salus generis humani. Il le leur apporta en rendant possible la réalisation de prophéties qu’il ne connaissait pas. Ni lui ni aucun de ses successeurs ne put s’opposer à l’avènement de cet enfant qui était toute faiblesse et à l’actualisation par lui et en lui de paroles transmises depuis l’ombre des temps par des mendiants chevelus, des meneurs de chèvres, des esclaves et des artisans discrets.

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Les fleurs dans leurs mains

Je ne suis pas agriculteur.
J’ignore comment fonctionne un ordinateur.
L’hiver, mon père skiait sur des montagnes du Tertiaire. L’été, ma mère dormait sur un sable tiède et vieux de dix-huit millions d’années. Les fleurs dans leurs mains vivaient deux ou trois heures. Les feuilles des arbres ne passaient pas la saison. Ils mangeaient du bœuf, du poulet, de l’agneau ; jamais de chien ou d’éléphant. Mon père avait un chien qu’il caressait, tandis qu’au mur de sa chambre ma mère avait accroché un dessin d’éléphant. Le poulet et l’agneau nourrissaient mes parents. Le chien et l’éléphant les rassuraient.

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Trois méditations

1.
L’être est une variable discrète. Persévérante, persévérée, mais discrète. Le néant agit par fractures, tectoniquement.

2.
Le miracle de l’être est sans cesse (mais pas sans arrêt) renouvelé.

3.
Dans la sensation d’être, il y a un événement. La conscience — ou l’âme, comme on voudra — habite à l’intérieur de cet événement : l’événement.

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Épistémologie de la matière, du temps, de l’espace, du mouvement

La physique explique ce que la matière, le temps, l’espace et le mouvement font et à quoi ils tiennent ; la chimie explique de quoi ils sont composés (et composables) et à quoi ils aboutissent ; la biologie explique comment ils respirent et se reproduisent ; les arts font ressentir ce qu’il y a de vrai et de beau dans la matière, malgré le temps, au-delà de l’espace et grâce au mouvement ; la philosophie (ou méta-physique) cherche à comprendre ce qu’ils signifient et les modalités de cette signification.

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Chats-volant

Les pies sont des chats-volant.

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Cartésianisme

— Oh tu sais, dit Polo, moi je suis plutôt cartésien, je ne crois ni en Dieu ni en aucun truc surnaturel.
— Cartésien, répond Michel, tu veux dire que tu penses comme Descartes, comme René Descartes ?
— Oui, répond Polo fièrement.
Et puisque Sylvie est en train d’écouter, il ajoute :
— Celui qui a écrit Le discours de la méthode.
— Quelle culture, constate Sylvie.
Michel plisse les yeux.
Le discours de la méthode ?
— Oui, dit Polo en regardant Sylvie.
— Dommage que tu ne l’aies pas lu, répond Michel avec une tendre méchanceté.
— Mais si !
Trop tard : Sylvie est décalée vers le buffet.
— Dans ce livre, rappelle Michel à Polo qui ce soir — comme les autres soirs depuis mille ans — ne tirera pas son coup, Descartes entend prouver l’existence de Dieu.

Avec qui Michel aurait-il pu évoquer la portée et les limites de l’argument ontologique (le concept de Dieu est manifeste, donc Dieu se manifeste), de la garantie divine (Dieu n’est pas un malin génie, donc ce qu’il manifeste ne peut pas ne pas correspondre à la chose en soi), de la création des vérités éternelles (si Dieu l’avait voulu, la vérité serait autre chose) ou du principe de création continuée (le monde est créé par Dieu à chaque instant) ? Y avait-il encore des kantiens ? Y a-t-il eu des cartésiens, après Leibniz qui fut à la fois son dernier disciple et son premier contempteur  ? Qui pourrait mesurer l’ampleur du malentendu cartésien (qui est à la raison ce que le malentendu duchampien est à l’art plastique) ?

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Vexillia regis

Qu’est-ce qui est horizontal ? Le temps, les regards, l’espoir, les questions.
Qu’est-ce qui est vertical ? L’espace, les parfums, l’espérance, les prières.
Qu’est-ce qui est horizontal et vertical en même temps au même endroit, un temps qui est partout et un endroit qui est toujours ?
La Croix.
Le secret de la Croix.

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Chirurgie esthétique

Hypertrophie naturelle artificiellement hypertrophiée.
Dit-on “se faire refaire” ou “se refaire faire” ?

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Renaissance

Prendre la mesure de ce que nous avons perdu à partir du jour où les dépenses publiques n’ont plus été consacrées à édifier des cathédrales pour les prières du peuple, mais des châteaux pour le confort des rois et la satisfaction de leurs partouzeurs.

— Sire, vous n’y pensez pas, des millions pour vous seul !
— Que je sache, ce ne sera pas la première fois qu’on construira un grand château.
— Les châteaux de vos pères servaient à protéger le peuple, les récoltes, et vos pères étaient au service, mon roi, de Dieu et du peuple. Quel service rendrez-vous ?
— Au diable la peur, maintenant que j’ai assez fait la guerre pour que tout le monde en ait peur, je ferai remplacer les meurtrières par de larges fenêtres, il y aura deux salles de réception, des forêts taillées pour la chasse, trois cuisines, deux escaliers majestueux entortillés ensemble, une chambre pour la reine, des chambres pour mes maîtresses, et des passages secrets de la mienne aux leurs. Je veux dix, vingt châteaux comme ça ! En changer quand il me plaira !
— Mais Sire, vous ne pouvez pas dépenser l’argent de ces guerres qui ont tué et de ces impôts qui affament pour votre seul confort.
— Et celui de ma cour, dois-je vous le rappeler ?
— De vos putains.
— Je suis humaniste, taisez-vous. Longue vie à Descartes !
— Mais Dieu…
— Humaniste je vous ai dit. Dans mes châteaux sachez qu’il y aura des cuvettes en or au lieu des chaises percées.

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P ≠ NP

Le temps nous manque, c’est-à-dire en informatique théorique que P ≠ NP.

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Au point qu’elle les soit toutes

Il n’a pas réussi à s’accoutumer à l’idée de séduction selon laquelle il faut tirer vers soi pour donner. Sa mère, sûrement, lui a manqué. Les livres l’ont blessé. Il a eu un amour de jeunesse, il aura des amours passagers. II croit que Gide a raison lorsqu’il enjoint d’aimer toutes les femmes, et c’est en lisant Thibon qu’il comprendra qu’on peut les aimer toutes à la seule condition d’en aimer une seule au point qu’elle les soit toutes.

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